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fragments du quotidien

0FR 2020 GOUV: Ministère, Economie [edit]

Lundi 28/09/2020, Loi de finances, JDD

Le projet de loi de finances pour 2021, présenté demain, consacre l'abandon de l'objectif de maîtrise des déficits. Les marges de manœuvre pour l'avenir en seront d'autant plus étroites, et le retour à l'équilibre compliqué .

Il était une fois une époque où il n'y avait « pas d'argent magique », comme l'avait lancé Emmanuel Macron à une soignante en colère face au manque de moyens de l'hôpital public. C'était en 2018, une ère où la maitrise des dépenses publiques faisait encore figure de boussole, pour le Président comme pour nombre de formations politiques. Deux ans plus tard, la crise sanitaire et économique a fait exploser ce cadre. Et surtout... tous les compteurs budgétaires.

Près de 500 milliards d'euros de dépenses supplémentaires entre le plan de relance et le Ségur de la santé ; un déficit à 10,2 % cette année, alors que le gouvernement tablait sur 2,2 % ; une dette qui flambait à 114,1 % du PIB fin juin, et que l’on escompte à 117,5 % fin 2020... « C’est sûr, mis bout à bout, ces chiffres donnent le tournis, confesse Laurent Saint-Martin, rapporteur du Budget et député La République en marche (LREM).
Mais le sujet, c'est dépense-t-on bien ou pas ? Je préfère laisser à mes enfants un peu plus de dette plutôt qu'un chômage de masse. »

Car l'enjeu est bien là. Pour éviter le pire, le gouvernement a ouvert les robinets et déployé une batterie d'aides aux secteurs en difficulté. Coûteuses, forcément.
Les dernières en date, à la suite des annonces faites jeudi par le ministre de la Santé, Olivier Véran, de fermeture partielle ou totale des bars, restaurants, salles de sport, vont creuser un peu plus le trou. Alors que le projet de loi de finances pour 2021 sera présenté lundi en Conseil des ministres, Bercy a fait tourner les calculatrices jusqu'à la dernière minute. Et les discussions, qui démarreront le 12 octobre à l’Assemblée nationale (une semaine plus tôt en commission), promettent, une fois n’est pas coutume, d’être moins houleuses que les années passées.

Car le dogme des 3 % de déficit imposé par Bruxelles a volé en éclats. « La crise a fait sauter deux verrous dans l'opinion, détaille un ministre. Primo, soutenir les entreprises, c'est aussi soutenir les gens. Secundo, la dette, même dans l'électorat de droite, n’est plus un sujet. » Délicat de réclamer des économies alors que les faillites et les plans sociaux risquent de battre des records. Chez Les Républicains (LR), le président des sénateurs « Bruno Retailleau a essayé d'attaquer là-dessus, il a vite abandonné », tacle un membre du gouvernement. Dans les ministères, surtout les plus exposés à la crise, il n’a jamais été aussi simple d'obtenir des rallonges. « D'habitude, les ministres se battent pour être celui à qui on prend le moins d'argent, raille l'un d’entre eux. Là, ils se battent pour être celui qui récupérera le plus de milliards. » Les mieux servis sont l'Education nationale, l'Intérieur, le Travail...
mais aussi la Justice, qui voit son budget croître de 8 %, « du jamaisvu depuis trente-cing ans », s'est félicité Jean Castex.

Le gouvernement lorgne sur les fonds d'Action Logement Quant aux perdants, ils’'agit avant tout des Comptes publics et, une nouvelle fois, du Logement: pour renflouer les caisses, le gouvernement envisage de puiser dans les fonds - bien dotés - d'Action Logement, qui collecte les cotisations des employeurs pour financer l'habitat des salariés.

L'Union européenne finance 40 % du plan de relance. Et pour le reste, les taux d'intérêt étant quasi nuls, la France emprunte à tour de bras. Quitte à se retrouver, plus tard, pieds et poings liés. Exemple avec la baisse des impôts de production, à raison de 10 milliards d'euros en 2021 et 2022, qui fait grincer à gauche alors que la prise en charge de la dépendance nécessitera autant d'argent.

«Se priver de recettes fiscales aussi importantes aura des conséquences durables, notamment sur le financement de certains services publics », prévient la députée Émilie Cariou, ex-LREM et désormais membre du groupe Ecologie démocratie solidarité.

« Comme en matière de changement climatique, c'est sur le long terme que l'on voit les dégâts »,renchérit François Ecalle, pa du site Fipeco, spéciaisé dans l'analyse des finances publiques.

On imagine mal le gouvernement revenir à l’orthodoxie dès le budget de l’an prochain, alors que la campagne présidentielle battra son plein. La dernière page de l'histoire de l’« argent magique » n'est pas encore tournée.