2016-Alimentation: Bio

27 mai 2017

Le Consommateur d'Alsace, n°229. Que Choisir..


Que Choisir [MARIE—NOËLLE DELABV AVEC CLAIRE GARNIER]

Le secteur du bio affiche une santé éclatante !

La filière jouit d'une croissance à deux chiffres depuis des années. Elle a atteint 20% en 2016!

Environ 260 000 hectares de terres sont entrés en première année de conversion l’an dernier et seront certifiés d’ici à 2018. Tandis que la part de surfaces agricoles bio, actuellement de 5,8%, pourrait se hisser à 20% durant la prochaine décennie. Les experts les plus optimistes tablent sur la possibilité d’arriver à 50% en 2050. Aujourd’hui, la filière amorce un tournant que souhaite accompagner l’Union Européenne — qui dicte les exigences du label AB (voir notre fiche pratique, p. 60) — grâce à une nouvelle législation. Cette dernière est censée «renforcer la confiance du consommateur pour permettre au développement du secteur de se poursuivre », selon les vœux du commissaire européen à l‘Agriculture, Phil Hogan. Mais croître sans faillir à ses missions est un veritable défi et l’Europe peine àjouer son rôle de tuteur.

Bruxelles accouche d'une souris

De meilleures conditions d’élevage , plus de production locale  : les attentes du consommateur se diversifient face à des promesses parfois ténues mais souvent tenues. La principale motivation des adeptes du bio demeure toutefois ses bienfaits supposés pour la santé. À juste titre. Comme l’ indiquent nos résultats, si l'intérêt sanitaire à consommer bio varie selon les familles d’aliments, pour les végétaux cela réduit significativement l‘exposition aux résidus de pesticides!

Un bénéfice que Parlement et Conseil européens ambitionnaîet de renforcer via une nouvelle réglementation bio, plus exigeante. Hélas. la montagne législative, empêtrée dans des débats houleux, a accouché d‘une souris le 29 juin dernier 2017.

La Commission a en effet dû renoncer à sa mesure la plus ambitieuse, le déclassement des produits contaminés. Son objectif: introduire des seuils de résidus de pesticides interdits dans le bio, dont le dépassement entraînerait le déclassement automatique des produits. Un projet notamment soutenu par la Belgique et l’Italie, qui appliquent une politique semblable à l’échelle nationale.

Mais il a été abandonné sous la pression d'une majorité d’Etats, dont la France, qui a invoqué le principe d'obligation de moyens et non de résultats sur lequel repose le bio européen.

Autrement dit, le label AB ne certifie pas qu'un produit est dénué de pesticides, mais simplement que le producteur met en oeuvre les conditions pour cultiver sans engrais chimiques. «Pénaliser les agriculteurs bio à l'heure où les contamination fortuite par les cultures conventionnelles sont encore trop nombreuses serait injuste et cette mesure ne peut voir le jour sans un principe de pollueur-payeur», estime Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Elle rappelle toutefois que certains labels bio privés (voir notre fiche pratique, p. 60) prônent des mesures strictes pour lutter contre ces contaminations fortuite en interdisant les exploitations mixtes, celles qui produisent en bio et en conventionnel.

Les prix ne baissent pas

En attendant que les États se mettent d’accord, le nombre de magasins spécialisés en bio explose et les distributeurs généralistes étoffent leurs gammes. Cette hausse de l‘offre devrait infiéchir les prix. Pourtant, nos relevés dans 1518 magasins montrent que la facture pour un même panier de courses est au moins 70% plus élevée en rayon bio qu‘en rayon conventionnel ! Or, le prix reste le premier critère de choix des ménages (48 %) devant l’origine du produit (36 %), selon la récente étude Inca 3 de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l’environnement et du travail). Certes, «produire vert demande plus de maind ’æuvre et d ’espace pour une production égale», rappelle Stéphane Bellon, de l‘Institut national de la recherche agronomique. Et le bio rémunère souvent mieux les producteurs. Mais cela ne justifie pas une telle cherté et la question des marges des distributeurs se pose. L’Agence bio, plate—forme nationale de promotion du bio, nous promet plus de transparence grâce à un observatoire des marges et des prix. On espère avoir les premiers résultats en 2017, notamment pour le lait et le steak haché. Pour sa part, l’UFC-Que Choisir boucle une étude sur la question. Ses conclusions devraient être dévoilées très prochainement. 


Manger Bio, Plus sain

Si les attentes vis-à-vls des produits bio se diversifient, préserver sa santé et bien se nourrir demeurent les principales motivations des consommateurs. A juste titre?

Coté nutrition, l’intérêt du bio n’est pas  flagrant.

Les principales méta-analyses de ces dernières années s’accordent à rctrouver un taux légèrement plus élevé d’antioxydants dans les fruits, légumes et céréales bio, de même qu’un taux plus important de «bons» acides gras dans les produits laitiers et les œufs bio. Mais concernant les vitamines et minéraux, il semble qu’il n'y ait pas de différence. Nos analyses le confirment. «Des résultats peu surprenants», selon Stéphane Bellon, chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui rappelle que le cahier des charges bio n‘implique stricto sensu : "que" la suppression des engrais chimiques. Soit un facteur parmi bien d’autres qui influencent la richesse nutritionnelle des végétaux. «Le climat, la météo, le moment de la récolte, la rotation des cultures, ou encore la taille et la densité des parcelles sont autant des critères qui vontjoucr sur la teneur en nutriments des végétaux», précise le chercheur.

En revanche, l'intérêt pour la santé d’une alimentation bio est plus tangible.

Certes, peu d'études à ce jour ont évalué l‘effet direct de la consommation de nourriture bio sur la santé humaine. Et hormis quelques indications montrant une baisse des risques d‘allergies chez les enfants, les résultats ne sont pas concluants.

«Ilert dfiicile d 'établir un lien direct entre ce régime et la santé de la population générale, ne serait—ce que compte tenu des biais sociologiques. Car le bio touche en premier lieu une population qui a davantage les moyens de se Pre'occuper de sa santé. Mais il y a du bon sens openser que manger bio est plus sainpour la raison évidente que ce régime fait baisser l’exposition aux engrais chimiques. Orle lien entre surexposifion aux pesticides et maladie est, lui, démontré»,

rappelle le professeur Robert Bäiouki, dre l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Ces trente dernières années, les scientifiques ont établi un lien entre exposition aux pesticides et

  • maladie de Parkinson,
  • cancer de la prostate, ou encore certains
  • cancers hématologîques chez les agriculteurs, mais aussi leurs enfants et les populations rurales qui ne sont pas exposées professionnellement.

Quant à la population générale, «depuis quelques années, les preuves s‘accumulent concernant le risque de cancer de la prostate et, surtout, le développement neurocomportementa/ lie à des expositions lors de périodes sensibles du de’weloppement, in utero et pendant l‘enfance », conclut le P‘ Barouki.

L’intérêt sanitaire du bio est moins évident du côté de la production animale, comme le montrent nos résultats. Toutefois, un rapport de 2017 du service de recherche du Parlement européen note un avantage indirect à l’usage limité des antibiotiques en agriculture biologiquc: une réduction du risque global de résistance à ces traitements..

L'étude:

Nous avons sélectionné 71 produits, 46 bio et 25 conventionnels. disponibles en maeasins spéclallsés ou en grandes surfaces. Les aliments

visés étaient les suivants: bananes. carottes, citrons. œufs. filets de poulet et mueslls. us uesum … Pour chaque type d'aliments. des analyses nutritionnelles (sur fruits et légumes éniuchés) et

une recheche de contaminants sur les produits tels que vendus. (sauf pour les bananes: sur fruits entiers puis éoluans) ont été faites.

> cote nutrition, nous avons mesuré la teneur en matière

sèche et en macmnutrlments des échantillons (lipides. protéines. glucides). complétée. selon les aliments: par l'analyse du profil des acides gras (muesus. œuts, filets de poulet); par le dosage des fibres (mueslls. bananes _

citrons. carottes), de vitamines

et de minéraux (tltrons,

carottes. banana); par le profil

des sucres et le taux de sel

(muesiis). Nous avons aussi

évalué le pouvoir antioxydant

des fruits et légUmes. _


Le Consommateur d'Alsace, n°229.

Le cahier des charges de l’agriculture bio interdit l’usage des produits chimiques de synthèse (pesticides et engrais) et des OGM. Concernant ces derniers, un seuil de tolérance (fixé de manière arbitraire par les pouvoirs publics) de contamination accidentelle par les OGM se situe à 0,9 %. Au-delà, le produit est “déclassé”. Le principe de dilution n’existant pas, ce seuil s’applique donc pour chaque ingrédient ou aliment, pris individuellement. En agriculture bio, on préfère prévenir que guérir. Pour cela, les agriculteurs de la filière tentent d'anticiper les maladies et les attaques de “ravageurs“. Par exemple, en respectant la rotation des cultures qui permet de couper le cycle des parasites et des maladies. Si cela n'est pas suffisant, ils ont recours à des pesticides d'origine naturelle. P55ncmss mo, NATURELS... ms monms ! Une liste de pesticides bio, autorisés par la réglementation, a été établie. Sept catégories de produits sont répertoriées: - les substances actives d'origine animale ou végétale (purin d'ortie, huiles végétales, pyréthrines...) ; - les micro-organismes ; - les substances produites par des micro-organismes ; - les substances à utiliser uniquement dans des pièges ou des distributeurs (phéromones et certains pyréthrino‘r‘des) ; - les préparations à disperser en surface entre les plantes cultivées (molluscicides) ; - les autres substances traditionnellement utilisées dans l'agriculture biologique (notamment cuivre, souffre, huile de paraffine...) ; - les autres substances telles que l’hydroxyde de calcium et le bicarbonate de potassium. Même si ces pesticides sont autorisés dans l’agriculture bio, ils ne sont pas pour autant anodins. Ce n'est pas parce qu'ils sont “naturels“ qu’ils sont "sans danger“. Autrefois, les producteurs utilisaient la nicotine comme insecticide naturel, mais ce produit s'est avéré être dangereux à manier, la roténone extraite de plantes africaines est mortelle pour les poissons, même à très faible dose. En raison des aspects cités, ces deux produits, d'origine naturelle, sont interdits par la règlementation bio européenne depuis quelques années. Cela étant, il faut remettre en perspective la dangerosité entre les produits utilisables en bio et les pesticides chimiques. Ceux utilisés en bio se dégradent plus rapidement que les produits de synthèse, à l’exception du soufre et du cuivre. De fait, on trouve moins de résidus dans la nature et donc, indirectement, dans les aliments.

Les interdictions totales

L‘envahissement des mauvaises herbes est nuisible. En bio, les seuls moyens utilisables sont la rotation des cultures, les procédés mécaniques de travail du sol et le désherbage thermique. Autrement dit, les herbicides sont interdits. Il faut savoir qu’en agriculture conventionnelle, les herbicides représentent 35 % des pesticides utilisés. En sachant que cette famille comprend des molécules connues pour être des contaminants majeurs des eaux de surface. Concernant la lutte des champignons, les moyens utilisés sont le paillage (pose de plants formés de matériaux servant d'écran plus ou moins imperméable entre le sol et l’atmosphère, la solarisation et les fongicides). Concernant la solarisation, elle consiste en la pose d'un film plastique en polyéthylène sur le sol. Celui-ci permet la désinfection solaire du sol. Les deux principaux fongicides utilisés sont le cuivre, utilisé sous différentes formes, ainsi que le soufre. Ces deux produits de contact sont préventifs, sensibles au lessivage. Il faut tout de même noter que le soufre, très utilisé en viticulture bio, est issu du raffinage de gaz et de pétrole, provenance qui est loin d'être durable. 0

CONVERSION DES SOLS

Tout agriculteur conventionnel décidant de “passer“ en agriculture bio doit observer un temps de conversion. Cette période permet de s’assurer que les sols sont en bon état écologique lorsque l'agriculteur commence à vendre du bio labellisé. Cette conversion s'applique parcelle par parcelle, en fonction des cultures. Elle est de deux ans pour les cultures annuelles ou semipérennes. Et de trois ans pour les cultures pérennes. Durant cette période, l'agriculteur acquiert de nouveaux savoir—faire basés sur une plus grande observation de la nature et sur l'emploi d'engrais et de pesticides naturels.

En théorie, d'autres contrôles se font depuis la production primaire d’un produit biologique, en passant par son stockage, sa transformation, son transport jusqu'à sa vente au consommateur final. Ces contrôles sont menés par l'un des six organismes agréés par les pouvoirs publics : Aclave, Agrocert, Ecocert, Qualité France, SGS et Ulase.


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