2016-Air, Peticides

27 mai 2017

Le Consommateur d'Alsace n°231

Actuellement, l’arrêté de 2006* est l'un des rares textes permettant aux riverains de zones cultivées de manière intensive de se protéger, a minima, de pulvérisations de pesticides toujours plus nombreuses. Il indique les mesures de précaution devant être prise par l'agriculteur au moment des épandages. En effet, il précise:

“Quelle que soit l’évolution des conditions météorologiques durant l'utilisation des produits, des moyens appropriés doivent être mis en œuvre pour éviter leur entraînement hors de la parcelle ou de la zone traitée. Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort.”

Il faut savoir que le seuil de (19 km/h) est dépassé dès lors que l'on peut voir les feuillages d’un arbre bouger.

Ce texte interdit également la pulvérisation à moins de 5 mètres des cours d'eau visible sur une carte au 1/25000. Le non—respect de ces principes faisait courir à l'agriculteur contrevenant le risque d’une lourde amende et d'une peine de prison. Ces menaces permettent, dans certains cas, de limiter les débordements !

Arrêté mis en cause

Aujourd'hui, les agriculteurs utilisant des pesticides, via l'Association nationale pommes poires (ANPP), remettent en cause l’interdiction de traiter quand le vent est supérieur à 3 sur l’échelle de Beaufort. De son côté, l'association environnementale Génération futures recense des nombreux témoignages attestant que cette limite est très souvent dépassée. Dès lors, il n’est pas surprenant que cet arrêté soit vécu comme une gêne par certains agriculteurs.

Et ils ont été entendus puisque le Conseil d’Etat l'a abrogé en juillet dernier : il n'a pas été soumis à Bruxelles pour examen préalable.

Les discussions entre les associations environnementales, les syndicats professionnels et les pouvoirs publics visent à s’entendre sur la publication d'un nouvel arrêté.

« Nous espérons qu’il ira au-delà du précédent, précise François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Et surtout dans les formes afin qu’il ne soit pas attaquable comme le précédent. »

L'association environnementale explique que cela fait des années qu'elle recueille des centaines de témoignages de riverains victimes des pesticides. Des collectifs de parents, toujours plus nombreux, et de riverains se forment pour dénoncer les menaces que fait courir l'usage de ces produits à proximité de zones où des enfants, des femmes enceintes ou toute autre personne vulnérable sont susceptibles de se trouver !

Les agriculteurs utilisant des pesticides expliquent que devant une attaque d'insectes, il est difficile d'attendre que le vent cesse pour pouvoir pulvériser.

« Tout ceci montre, continue François Veillerette, la limite du système. Le fait de conditionner l'utilisation des pesticides à la force du vent rend plus difficile leur pulvérisation. C'est vrai. Mais c'est aussi le but du jeu. Ce que nous voulons, c'est contraindre les agriculteurs à utiliser des techniques moins agressives. Tant que l'utilisation des pesticides sera facilitée, ils ne seront pas incités à le faire. »

Maintenant, Générations futures espère qu'avec la remise à plat de ce texte, la situation va changer. Les ministères de l'Agriculture, tout comme celui de la Santé et l’Environnement, doivent, en concertation avec les associations, rédiger et publier un arrêté véritablement protecteur pour les populations exposées. Il s'agit là d’une question majeure de santé publique 0 *Té/échargement de l’arrêté du 72 septembre 2006 : www. cca.asso. fr (Onglet ”Actualité ")

Que faire si on subit des épandages !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, alors que des milliers de personnes sont potentiellement concernées par des expositions à des pesticides agricoles, il n'existe aucun texte de loi visant à signifier clairement une distance minimum entre un champ et des habitations en dessous de laquelle il est interdit d'épandre.

L'association environnementale “Générations futures“ demande des distances imposées pour la pulvérisation, entre 50 et 100 mètres. En 2015, l'association a mené une étude montrant qu’à l'intérieur de foyers à proximité de champs agricoles traités, on pouvait trouver jusqu'à une trentaine de résidus de pesticides différents dans les poussières !


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