La pollution au mercure ferait perdre du QI et de l'argent à l'Europe


Quel est le lien entre mercure, QI et productivité d'un pays ?

Une équipe de chercheurs européens estiment que réduire l'exposition de la population, notamment pré-natale, au méthylmercure ferait gagner à l'Europe de 8 à 9 milliards d'euros par an en évitant à ses habitants une baisse de quotient intellectuel liée à des déficiences neurologiques et donc uneperte de salaire.

Ces résultats doivent être présentés lors de la conférence internationale qui se tiendra du 13 au 18 janvier à Genève pour adopter un traité visant à s'attaquer aux effets néfastes du mercure.

L'exposition au mercure fait peser des risques croissants sur la santé et l'environnement des habitants des pays en développement. C'est la conclusion du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans son rapport Evaluation mondiale du mercure 2013 publié le 10 janvier.

La mise en garde du PNUE intervient à quelques jours d'une conférence internationale prévue du 13 au 18 janvier à Genève pour discuter d'un traité juridiquement contraignant sur la réduction des dangers liés au mercure, connu pour ses effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, ainsi que sur les poumons, les reins, la peau et les yeux.

"Le mercure qui existe sous des formes variées reste un défi majeur aux niveaux mondial, régional et national en termes de menaces pour la santé humaine et l'environnement", estime Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE, dans un communiqué.

ORPAILLAGE ET COMBUSTION DU CHARBON

Selon le rapport, les émissions mondiales de mercure liées à l'activité humaine sont restées plutôt stables au cours des vingt dernières années. En 2010, elles s'élevaient à 1 960 tonnes, dont 40 % en Asie, 16 % en Afrique sub-saharienne et 13 % en Amérique du Sud.

En cause : l'utilisation du mercure dans différentes industries. L'orpaillage, qui utilise ce métal lourd pour amalgamer l'or, émet ainsi 727 tonnes de mercure chaque année, soit 35 % des émissions mondiales. "L'exposition au mercure représente une menace pour la santé de 10 à 15 millions de personnes directement impliquées dans les petites mines d'or, en particulier en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud", indique le rapport, précisant que les émissions liées à l'extraction minière artisanale ont doublé depuis 2005.

 

Deuxième source d'émission, la combustion du charbon pour produire de l'électricité est responsable du rejet de 475 tonnes de mercure par an (24 % des émissions). Chaque tonne de charbon contient en effet entre 1 et 3 dixièmes de grammes de mercure, mais qui sont multipliés par les milliards de tonnes brûlées chaque année.

Viennent ensuite la production de métal et de ciment, par l'intermédiaire de l'extraction et de la consommation de combustibles fossiles, les soins dentaires (près de 340 tonnes de mercure sont utilisées tous les ans pour réaliser des plombages, dont près de 100 tonnes risquent de se retrouver dans le circuit des déchets) ou encore les produits de grande consommation (appareils électroniques, interrupteurs, piles, ampoules basse consommation et cosmétiques).

REJETS DANS LES LACS ET RIVIÈRES

Conséquence de ces rejets, les lacs et rivières se voient pollués. La quantité de mercure présente dans les 100 premiers mètres des océans de la planète a ainsi doublé au cours des cent dernières années, selon le rapport. Les concentrations dans les eaux profondes ont, elles, augmenté de 25 %. La consommation de poissons contaminés est alors devenue une source significative d'exposition au mercure.

En Europe, 1,8 million d'enfants naissent chaque année avec des niveaux de méthylmercure – la forme organique la plus toxique du mercure – supérieurs à 0,58 microgramme par gramme (µg/g) de cheveu, soit le seuil à partir duquel des effets toxiques peuvent survenir, selon une étude européenne publiée lundi 7 janvier. Et 200 000 jeunes présentent des niveaux supérieurs à la limite de 2,5 µg/g recommandée par l'Organisation mondiale de la santé.

POLLUTION HÉRITÉE DU PASSÉ

Ces rejets de mercure peuvent persister dans l'environnement pendant plusieurs siècles. Selon le PNUE, les gouvernements, l'industrie et la société civile doivent donc intervenir rapidement afin de réduire les émissions.

Le rapport note que des actions importantes ont d'ores et déjà été menées par différents Etats. L'Union européenne a ainsi interdit les exportations de mercure en 2011, tandis que les Etats-Unis ont finalisé le Mercury and Air Toxics Standard, une norme qui prévoit une réduction de 20 tonnes des émissions de mercure d'ici à 2016.

"En revanche, les actions mondiales coordonnées vers une réduction des risques environnementaux et sanitaires liés à l'exposition au mercure restent très modestes", note le rapport. Le PNUE appelle alors les gouvernements à adopter un traité mondial contraignant lors de la conférence de Genève, afin de mettre fin à l'extraction primaire de mercure, développer des technologies alternatives et investir dans des mesures de recyclage plus efficaces.


L'étude européenne, publiée après une relecture par les pairs (ou peer review), est basée sur le programme de biosurveillance européen Democophes mené entre 2011 et 2012 pour mesurer la présence de substances polluantes (mercure, cadmium, phtalates et tabac) chez des enfants âgés de 6 à 11 ans et leurs mères.

Une vingtaine de toxicologues ont ainsi prélevé des échantillons de cheveux sur 1 875 couples mère-enfants répartis dans 17 pays de l'Union européenne et ont analysé les données ainsi agrégées. Ils ont aussi procédé à une compilation de la littérature scientifique portant sur 6 800 personnes supplémentaires dans huit pays.

Résultat : 1,866 million d'enfants naissent chaque année en Europe avec des niveaux de méthylmercure – la forme organique la plus toxique du mercure – supérieurs à 0,58 microgramme par gramme (μg/g) de cheveu, soit le seuil à partir duquel des effets toxiques peuvent survenir, selon les chercheurs. Surtout, 232 000 jeunes présentent des niveaux supérieurs à la limite de 2,5 μg/g recommandée par l'Organisation mondiale de la santé.

CONSOMMATION DE POISSON

Tous les enfants européens ne sont pas exposés de la même façon : le sud du Vieux Continent est ainsi davantage touché alors que l'Est s'avère plus épargné : 89 % des enfants nés en Espagne et 91 % de ceux au Portugal, parmi l'échantillon étudié, présentent ainsi un taux
supérieur à 0,58 μg/g, et respectivement 32 % et 8 % se situent au-delà de la barre des 2,5 μg/g, tandis que moins de 5 % des Hongrois, Tchèques, Polonais, Slovaques et Slovènesaffichent des valeurs supérieures à 0,58 μg/g – aucun ne dépassant les 2,5 μg/g. Quant à la
France, respectivement 44 % et 0,6 % des enfants dépassent ces deux valeurs.
"Le méthylmercure est facilement bioaccumulable dans la chair des gros poissons de fond, comme le thon, l'espadon ou le requin, que consomment davantage les Espagnols et les Portugais, explique Céline Pichéry, l'une des auteurs de l'étude, doctorante à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Cette substance est dangereuse pour l'homme. Et surtout, en passant par le placenta des femmes enceintes puis par le lait maternel, elle s'avère très nocive pour les enfants en bas âge." Au-delà d'un certain seuil, et notamment en cas d'exposition pré-natale, le méthylmercure provoque ainsi convulsions, paralysies spastiques, cécité, surdité et surtout des troubles
cognitifs et un retard mental.


Les commentaires sont fermés.