"Un petit mensonge fait moins de mal que la vérité." 

Telle est la devise de Trouver-un-alibi.com. Les auteurs de ce site concoctent aux infidèles, moyennant entre 10 et 106 euros, des excuses bidon à présenter à leurs partenaires : convocations à des conférences imaginaires, faux billets d'avion, photos de «voyages professionnels». Un autre site, Gleeden.com, est devenu le spécialiste mondial de la relation extraconjugale.
Presque 700 000 membres en France en avril. Son secret : une ferme politique de confidentialité. Le concept devrait vite franchir la barre du million. En 2007, déjà, 54% des femmes avouaient avoir été infidèles. Près de 40% des couples divorçaient pour infidélité. 
Les mœurs se dégradent ? 
Pas du tout. Avant, c'était pire. Pas de chiffres officiels, mais, au Moyen Age, la moitié des fabliaux — récits humoristiques — ont pour thème les maris trompés. Ces bêtes à cornes sont des «nobles, conseillers, avocats, patriciens, procureurs, et puis bourgeois de tous états, merciers, maçons, serruriers (..….).
Tous en somme», s'amuse le poète Clément Marot au XVI: siècle. En 1660, Molière présente Sganarelle ou le Cocu imaginaire. La pièce plaît tant qu'il la donne 122 fois. Le personnage du cocu — qui tient son nom du coucou qui pond ses œufs dans le nid des autres -— invite les hommes à la vigilance.
Car n'importe qui peut devenir le dindon de la farce. A ces époques où les unions durent peu de temps (du fait de la mortalité due aux guerres et aux maladies), la fidélité au long cours a bien peu de sens. Mais à la fin du XIX° siècle, alors que l’espérance de vie s'élève, tout bon bourgeois entretient pour 500 francs par mois une cocotte en ville. Alors pourquoi succombe-t-on à l’adultère ? 
Réponse en 7 cas de figure. 

O QUAND LA FEMME EST LA SEULE FAUTIVE Rome, I siècle après J.-C. L'empereur Claude s'endort aux côtés de son épouse Messaline. Quand le bonhomme ronfle, la belle glisse sous les draps et s'échappe. Elle part écumer les bordels les plus sordides de la ville. (L’auguste courtisane prenait deux manteaux de nuit et une servante)», écrit le poète Juvénal dans ses Satires. «Ses noirs cheveux cachés sous une perruque blonde, elle arrivait au fétide et misérable lupanar, elle entrait dans la chambre vide qui était la sienne ; là, toute nue, les seins serrés dans une résille d’or, elle se prostitue sous le faux nom de Lycisca (...).
Gisante, elle s'offre à des violences indéfiniment répétées.
Bientôt le tenancier congédie ses femmes (...) ; elle s’en va. Les joues noircies par la lampe fumeuse, elle apporte l’odeur du mauvais lieu dans le lit impérial. » La diatribe de Juvénal illustre la hantise des hommes, depuis la plus haute antiquité, de voir leur épouse contaminer le lit conjugal avec les humeurs » d’un rival, et, métaphoriquement, de voir sa femme fécondée par le sang d’un inconnu.
Et si l’homme infidèle est considéré avec bienveillance (c’est un Casanova, un joyeux luron), la femme adultère, elle, est vouée aux gémonies. Depuis qu’Eve a croqué la pomme avec le serpent tentateur, c’est elle la fautive. Au temps de Moïse, la femme volage est lapidée à mort. Chez les Burgondes, on la noie dans les marais. Elle est brûlée chez les Saxons.
En Angleterre, on lui coupe le nez et les oreilles. Messaline, elle, est supprimée sur ordre de Claude. Mais en France, sous l’Ancien Régime, ce n’est pas beaucoup mieux. Seul le mari trompé peut intenter un procès contre sa femme et lui faire subir la peine de l’«authentique» : coups de fouet et enfermement à vie dans un monastère.
© LE MARIAGE EST UNE PRISON «Mon cher amant, souhaitez que le soleil se montre au plus vite, pour aller où l’amour nous doit donner la récompense.» En 1680, Anne Bellinzani Ferrand déclare sa flamme à son amant Louis-Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil. Leur amour est illégal, puisque Anne est mariée à un magistrat parisien, Michel Ferrand. L'union, malheureuse, a été arrangée par leurs parents. Anne et Michel passent leur temps

à se disputer. Alors, elle prend pour amant un beau baron qui réveille ses sens, écoute ses plaintes et lui donne un sentiment d'extrême liberté. Ils se retrouvent en cachette dans la forêt de Saint-Germain, dans le jardin des Tuileries, dans des chambres louées. Bientôt, Anne vit un calvaire.
Son père intercepte une lettre, la questionne sur ses sorties.
Elle est surveillée en permanence. N'y tenant plus, elle

met fin à sa relation coupable. Puis se sépare à l’amiable

de son mari. Mais séparation n’est pas divorce, celui-ci n’existant tout simplement pas au XVI[: siècle.

En prenant un amant, Anne Ferrand prend des risques (dont celui de se faire interner au couvent), mais elle témoigne surtout son refus de se soumettre à la règle d’une société patriarcale. Pour prendre l’opinion à témoin,

elle va même jusqu’à publier un ouvrage sur ses mésaventures, Histoire des amours de Cléante et de Bélise.

A l’époque, l'Eglise interdit le divorce et considère l’adultère comme un «péché grave». La femme, pourvoyeuse d'enfants, est priée de subir l’union avec son mari, même arrangée, «jusqu’à ce que la mort les sépare». En cas d’infidélité, les époux peuvent se séparer «de corps et de biens », mais point se remarier. Ils sont condamnés aux amours clandestines. Pour les philosophes des Lumières, c’est une double peine. En 1792, une loi sur le divorce

est enfin votée par les révolutionnaires. C’est une bouffée d’air ! La décennie suivante, il y aura chaque année en France 30 000 divorces pour 300 000 mariages.
©) AU BON PLAISIR DU ROI

1662, château royal de Saint-Germain. Louis XIV part en promenade tandis que la reine Marie-Thérèse va se coucher.
En fait, le monarque va s’encanailler avec Anne-Lucie,

sa petite favorite, qui l’attend dans l’appartement des demoiselles. Il s’y glisse discrètement par une porte secrète qu'il

a fait aménager derrière le dossier d’un lit. Quatre ans plus tard, en 1666, il présente officiellement à la Cour sa dernière conquête : Louise de la Vallière, propulsée «maîtresse officielle». Elle a carrément son propre appartement au château. De 1667 à 1674, Louis XIV fait plus fort : il réunit deux maîtresses et une épouse sous le même toit.

Ne vous y trompez pas : quand le Roi-Soleil s’éclipse dans les bras d’une autre, il gouverne. «Il utilise le système de maîtresse officielle comme un instrument de politique intérieure et extérieure », explique l’historienne Agnès Walch.
Mme de Montespan, Mlle de Fontanges, Mme de Maintenon... Les favorites sont toutes issues de grandes familles, afin de «flatter l’orgueil des plus importants de ses sujets», poursuit l’auteur d’une Histoire de l’adultère (éd. Perrin).
Ainsi, chaque mari, chaque frère, chaque père rêve qu’une femme de sa maison séduise le monarque. Et d’en tirer des avantages : charge, domaine, rente. Un mode de gouvernement efficace, puisque la Cour est alors plus occupée à commenter les frasques royales qu’à fomenter des complots.
# l'œil. Mais il dispose d'arguments de poids. Il lui promet l’achat d’un local commercial et le versement d’une rente si elle lui donne un enfant. Marie cède aux avances. Leur relation dure sept ans, sans que l'époux s’en aperçoive. En 1789, ce dernier intente un procès contre les deux coquins au tribunal du district de Lyon. Marie se repent, jurant qu’elle a succombé en raison «des promesses multipliées de maître Girard», affirmant qu’elle ne voyait là «que

les moyens (...) d'aider son mari dans quelque entreprise, de fournir une éducation à ses enfants ».

Le manque d’argent est une des trois principales causes d’adultère (avec la quête d’épanouissement sexuel et l’envie de s'échapper d’un mariage arrangé). Ceux qui fautent sont majoritairement des femmes victimes d'hommes plus riches ou plus reconnus socialement. Ils abusent de leur faiblesse.
Au XIX: siècle, le phénomène de l’adultère pour l’argent s'institutionnalise : c’est la prostitution occasionnelle. Des mères de famille travaillent quelques heures par mois

dans des maisons de rendez-vous pour arrondir leurs fins de mois. On les appelle les «belles de jour».
@ MA FEMME, MON TRÉSOR Connaissez-vous le «cocu qui rit» ? Il s’agit d’un mari qui pousse sa femme dans les bras d’un autre. En 1779, le magistrat Guillaume Kornmann découvre une idylle naissante entre son épouse Catherine et un certain Daudet de Jossan. Plutôt content, Guillaume ferme les yeux : ce de Jossan est un intime du ministre de la Guerre, qui peut faciliter ses affaires. Il s'associe donc avec l’amant dans une entreprise de spéculation immobilière. Mieux, dans une lettre, il lui assure que

sa femme a le droit de faire «ce qu’elle veut» et qu'il n’aura «jamais la sotte manie de gêner le goût de personne». Un

an passe. En 1780, Daudet de Jossan tombe en disgrâce au ministère. Pour l’ambitieux mari, le pion ne sert plus à rien.

Il intente un procès en adultère à Catherine pour récupérer sa dot rondelette (360 000 livres) et renflouer ses caisses.
Guillaume Kornmann est davantage un maquereau qu’un époux. Il traite son épouse comme une prostituée. La faute aux mariages arrangés, où la femme n’est qu’une monnaie d'échange apportant une belle dot. Si en plus elle est belle, pourquoi ne pas faire fructifier ce capital ? Dans des pamphlets aux noms fleuris — Les Privilèges du cocuage ; Le Cocu content - on explique comment pousser sa conjointe à la faute afin d’en tirer des gratifications pécuniaires.
© FAUT-IL TUER L'INFIDÈLE ?

Paris, 1871. Arthur Dubourg, rentier de 31 ans, part à la chasse. C’est en tout cas ce qu’il fait croire à Denise. Comme il la soupçonne d’être volage, il décide de la suivre une journée. Celle-ci, le pas léger, se rend dans un hôtel situé rue des Ecoles. Elle monte dans une chambre. Un homme l'y attend.
Arthur fulmine. Il grimpe l'escalier, tambourine à la porte.
L'amant se sauve par les toits, tandis que le mari se précipite dans la pièce pour larder sa femme de quinze coups de poignard. Lors de son procès en juin 1872, l'assassin est condamné à cinq ans de prison. L'opinion publique

est révoltée : il aurait dû être acquitté !

Alexandre Dumas fils s’indigne du verdict dans un ouvrage intitulé L’'Homme-Femme. Selon lui, Arthur Dubourg a bien agi, car les femmes «ne se rendent qu’au sentiment ou

à la force». «Si j'avais un fils, poursuit-il, je lui dirais : si (ta femme) va avec le premier venu (...) ce n’est même pas une femme (...) ; tue-là.» C’est qu’en 1872, la France de Napoléon II est redevenue puritaine. Le divorce, «poison révolutionnaire » instillé en 1792, a été aboli en 1816, et une lourde chape morale pèse sur le pays. Par dérision, l'écrivain invente dans son brûlot le néologisme «féminisme». Les mouvements de défense des femmes s’approprient le terme et réclament l’autorisation du divorce afin de prévenir l’adultère et les crimes passionnels. Ils sont entendus : en 1884, le député Alfred Naquet fait voter une loi en ce sens. &

samedi 23 mars 2019

  « Le divorce à la romaine ? sitôt dit, sitôt fait. Car le mariage était une affaire privée que ne sanctionnait aucun acte d'état civil, une sorte de concubinage, passion en moins, affaires en plus. l’empereur, tel Claude, peut se trouver «divorcé» à son insu. Tout comme des fonctionnaires mutés que leurs épouses refusent de suivre. La femme du boucher «divorce» pour épouser le boulanger gagnant mieux. Inversement, Caton d’Utique, parangon de vertu romaine, (prête» sa femme à un ami avant de la réépouser, récupérant au passage un fabuleux héritage.
Le père de Néron «fiance» son épouse à Auguste, futur empereur. Le couple tel que nous l’entendons reste à inventer. » CAM