LES TRAITÉS DE MARIAGE connaissent un développement sans précédent au XVT: siècle. En 1523, Pierre Le Monnier de l’Esnauderie, recteur de l’université de Caen, écrit : «On se marie pour trois raisons. La première pour avoir lignée, la seconde pour avoir aise ou confort. Et la tierce pour éviter fornication.» Pour Erasme : «La fin principale du mariage, c’est d’avoir des enfants; et la seconde est de servir de remède à l’incontinence.» Pour Benoist, au sujet des époux : «Le principal de leur intention est d’avoir lignée ou de rendre le devoir de mariage l’un à l’autre, ou d’éviter le péril d’adultère.» Se définit alors une sexualité légitime, conjugale. Les époux y apprennent le comportement sexuel à adopter afin d'éviter la damnation. «Il faut, dit Erasme, que la jeune femme n’excite pas trop son mari, mais qu’elle ne se montre pas non plus trop difficile. Quant à l’homme, il ne doit pas traiter sa moitié comme  une prostituée ni se montrer trop “amateur” de son épouse au risque de lui apprendre les “tours” qui lui donneront le goût de l’adultère.» Toute la littérature des traités introduit ainsi une manière de penser les relations entre les sexes : les dangers d’une trop grande affection entre les époux, les affres de la jalousie. définissant du même coup un idéal nouveau, celui du bonheur conjugal. A partir de la Renaïissance, selon le philosophe Michel Foucault, auteur d’une Histoire de la sexualité, on s'attache à constituer une «science de la sexualité». Contrairement au Moyen Age, on s'intéresse désormais non plus au seul acte sexuel, maïs «à toutes les insinuations de la chair : pensées, désirs, imaginations voluptueuses, délectations, mouvements conjoints de l’âme et du corps». Selon lui, c’est la première fois qu’une société affirme que son avenir est lié «non seulement à la vertu des citoyens, aux règles de leurs mariages et à l’organisation des familles, mais aussi à la manière dont chacun fait usage de son sexe». Ainsi, sur la carte ancienne des plaisirs se dessine peu à peu un nouveau continent : celui de la sexualité, avec ses frontières, ses polices, ses passeports, ses lois.