Infllation énergétique due au numérique

Le numérique compte désormais pour 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre (contre 2,5 % en 2013), alerte l'association française The Shift Project. 
Dans un nouveau rapport, ce think tank de la transition carbone estime que l'inflation énergétique s’élève de 9 % chaque année. Si rien ne change, la consommation en énergie doublera d’ici à 2025. Les responsables ? Les pays développés, qui multiplient les appareils numériques et recourent massivement à la vidéo, qui compte pour 81 % des données échangées en 2017. Ainsi un Américain possède-t-il en moyenne 10 périphériques connectés (téléphone, tablette, montres…), contre un seul pour un Indien. La production d’ordinateurs, l’utilisation des data centers et celle des terminaux informatiques représentent plus de la moitié de la facture énergétique du numérique.
Par ailleurs, des scientifiques de l’université d'Hawaïi (États-Unis) ont établi que si le bitcoin, cette monnaie virtuelle, venait à être aussi vite adopté que d’autres innovations telles que les ordinateurs ou les cartes de crédit, il engendrerait à lui seul une hausse de 2 °C de la température du globe en seulement vingt ans. NS.



Énergivores vraiment ?

Quel est l'impact de la multiplication des appareils électroniques dans les foyers sur notre consommation d'électricité ? 
Leur prolifération fait-elle flamber nos factures ?
Notre service des essais comparatifs s’est plongé dans les résultats de nos tests de produits effectués ces dix dernières années.
— Par CYRIL BROSSET avec FRANÇOIS PALEMON 

Il est loin le temps où les Français se contentaient chez eux d’un téléviseur, d'un téléphone, d'une box Internet et d’un ordinateur. 
D'après l'Observatoire de l'équipement audiovisuel, publié fin 2017 par l'institut CSA:
chaque foyer serait équipé en moyenne de 5,5 écrans (téléviseurs, ordinateurs, smartphones, tablettes...), contre seulement 4,8 il y a cinq ans. 

Et ce n’est pas tout. De plus en plus de Français ont aussi chez eux des imprimantes, des consoles de jeux, des enceintes bluetooth, des assistants vocaux (type Google Home, Alexa ou autre) et toutes sortes d'objets connectés (thermostats, montres, caméras, ampoules, etc.). 
Au-delà de la question de l’utilité de ces équipements, quel est l’impact réel de leur multiplication sur nos factures d'électricité ?
Pour le savoir, nous avons exhumé nos archives de tests. De ces précieuses données, nous avons tiré plusieurs enseignements, dont certains ont de quoi surprendre.

Pas de boom des factures 

C’est le premier constat que nous en avons tiré, et peut-être le plus surprenant: 

les appareils high-tech ont beau se multiplier au sein des foyers, leur impact sur les factures d'électricité demeure finalement limité. 

Si l’on constate une inflation des kilowattheures, on ne peut pas parler d’explosion. Ce paradoxe tient notamment au fait qu'au fil des années, les nouveaux modèles mis sur le marché n’ont cessé de se montrer plus économes en énergie. Téléviseurs, box, ordinateurs... tous ont vu leur consommation fondre. 
«En imposant par défaut le système de veille profonde et en supprimant le disque dur, que peu de gens utilisaient, nous avons réduit de 20% la consommation d'électricité de notre BBox Miami», s'enthousiasme ainsi Pascale Auguste-Moyon, responsable développement durable chez Bouygues Télécom.
Sur son site Internet, Samsung se vante d’avoir amélioré de «65 % l'efficacité énergétique» de ses produits depuis 2008, 
alors que Sony se targue d’avoir réduit de 28% la consommation d'énergie de sa dernière Playstation 4 par rapport à la version précédente.

Si les industriels du high-tech ont fait de notables efforts, c'est qu’en réalité ils n’ont pas vraiment eu le choix. La consommation d'électricité des appareils est, en effet, devenue un critère pris en compte parles consommateurs au moment de l'achat. Et, surtout, l'Union européenne a édicté à leur encontre une série de mesures coercitives.

Ainsi, depuis 2009, les industriels produisant des téléviseurs sont soumis à un règlement qui les oblige à équiper leurs appareils d’un mode veille consommant moins de 0,5 W et à afficher, dans tous les points de vente, une étiquette énergétique mentionnant, sur une échelle de À à G, la consommation de chaque modèle mis sur le marché.

Depuis 2013, les fabricants d'ordinateurs sont tenus de respecter des règles strictes en matière d'économie d’énergie. Quant aux fabricants d'imprimantes, de décodeurs télé et de consoles de jeux, ils n’ont échappé à une réglementation qu’en s'engageant à une réduction volontaire de la consommation de leurs appareils.

Connectés tout Le temps mais peu gourmands L'autre bonne nouvelle de notre enquête vient des smartphones, des tablettes et, plus généralement, de tous les objets connectés. Nos relevés montrent que, quel que soit le modèle, la note d'électricité qu'ils génèrent dépasse rarement 1 € par an. 
Certes, plus ces appareils sont nombreux, plus leurs écrans sont grands et lumineux, et plus l’impact sur la note globale sera significatif. Qui plus est, si tous ces objets connectés consomment peu, ils ont la particularité, pour la plupart, de ne jamais se mettre en veille. C’est le cas, par exemple, des assistants vocaux (type Google Home, Alexa ou autre) que les fabricants ont configurés pour qu'ils soient prêts à tout moment à répondre à la moindre sollicitation. Pour autant, même lorsqu'ils fonctionnent 24 h sur 24, l'impact de ces appareils sur les factures d'électricité reste très limité.

Une autre surprise vient des écarts importants de consommation que nous avons relevés entre des modèles similaires.
Prenez les téléviseurs de 55 pouces que nous avons testés en 2018, par exemple. Alors que:
  •  le plus économe consomme 63 W, 
  • le plus gourmand engloutit deux fois plus (126 W). 
En fin de compte, le second coûtera à l'usage environ 14 € de plus par an que le premier. 
Les écarts en veille varient également de 0,1 à 0,49 W selon les modèles. Pour les ordinateurs portables, c'est à peine mieux: de 10 à 24 W. Et pour les box, une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maïtrise de l'énergie) publiée par nos confrères de 60 millions de consommateurs montre que leur consommation électrique varie du simple au double (de 21 à 40 W exactement). Malheureusement, les acheteurs ne disposent pas toujours de cette information au moment de choisir un nouveau modèle.

Les fabricants pourraient faire mieux

Si les efforts des industriels pour réduire la consommation électrique de leurs appareils ne font aucun doute, pour Chloé Fayole, de l'association ECOS Standard, qui fédère des ONG spécialisées dans la défense de l’environnement, ils sont insuffisants: 
« Les engagements volontaires que certains fabricants avaient pris n'ont pas tous été tenus et le projet d'étiquette énergétique sur les ordinateurs, qu'on nous annonce depuis longtemps, n'est toujours pas près d'aboutir. Quant au nouveau règlement européen sur les téléviseurs, qui aurait dû voir le jour il y a plusieurs années, il semble enfin sur le point d'être finalisé, pour une mise en œuvre en 2021.»
Bref, si les industriels n'hésitent pas à afficher leur bonne volonté, en coulisses, ils ont plutôt tendance à freiner des quatre fers. Pourtant, fabriquer des appareils moins énergivores, moins polluants et plus recyclables est plus que jamais une urgence. Selon l’Ademe, la moitié des émissions de gaz à effet de serre générées par le numérique viendrait des équipements des consommateurs.

Une grosse consommation invisible

Et encore, cette consommation ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Si nos multiples appareils font gonfler notre facture d'électricité, les infrastructures permettant de les faire fonctionner engouffrent elles aussi de l'énergie. Le simple fait d'envoyer un e-mail, de passer un coup de fil avec son smartphone ou de stocker ses photos dans le cloud mobilise toutes sortes d'équipements (des antennes-relais, des nœuds de raccordement, des data centers, etc.) qui fonctionnent à l'électricité. Sur cet aspect également, les opérateurs travaillent. Ainsi, ils font pression sur leurs équipementiers de manière à ce qu’ils leur fournissent des matériels moins énergivores, modifient l’architecture de leur réseau afin d’en optimiser le trafic, mettent en sommeil leurs équipements lorsqu'ils ne sont pas sollicités, installent des panneaux solaires ou des systèmes de refroidissement plus économes... 
Tous les moyens sont bons pour réduire la note. Et ce n’est pas terminé. 
«Nous allons, par exemple, relever petit à petit la température ambiante de nos data centers, après avoir démontré que le fait de passer de 18 à 25 °C n'avait pas d'impact sur le vieillissement des composants, promet Christophe Chaillot, le responsable de la transformation “green” des infrastructures d'Orange. Cela nous permettra de faire des économies d'énergie sur la climatisation. » 
Alors que le trafic Internet croît de 30% par an et que le nombre d'antennes mobiles et d'équipements fibre ne cesse de se multiplier, les opérateurs se donnent pour objectif d'au moins stabiliser, voire réduire, leur consommation d'électricité. Une manière pour eux de faire de grosses économies tout en faisant du bien à la planète.