Nutrition: Probiotiques

Science et Avenir 12/2018

Ces micro-organismes, présents notamment dans les yaourts, enrichissent désormais des boissons. Censés agir sur le microbiote intestinal dont un déséquilibre peut entraîner des troubles, ils ne se valent pas tous et sont peu utiles chez les personnes saines.

OLIVES, CHOUCROUTE, YAOURTS... 

Ces aliments ont tous en commun de contenir des probiotiques, des bactéries ou des levures vivantes, qui 
« ingérées en quantités suffisantes, exercent des effets bénéfiques sur la santé », selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 
Au fil des années, ces «bonnes » bactéries sont devenues de véritables arguments marketing. Elles sont censées entretenir le microbiote intestinal, dont un déséquilibre favoriserait 
  • les maladies intestinales inflammatoires (Mici), 
  • le diabète, 
  • l'obésité 
  • ou certains cancers. 
Près de vingt-cinq ans après le lancement en France du premier probiotique (Actimel de Danone), voici l'arrivée des boissons enrichies en probiotiques. Le britannique Wow a ainsi lancé sa gamme d'eau et de jus de fruits Low Lively Water, disponibles dans certaines enseignes comme Carrefour. Ces boissons fermentées renferment un milliard de micro-organismes (Bacillus coagulans) censés 
« préserver les bonnes bactéries du microbiote intestinal » et « permettre un fonctionnement optimal du système immunitaire notamment en cas d'allergies ». 

Mais ces probiotiques tiennent-ils leurs promesses ?

1,25 milliard c'est le nombre de bactéries dans un pot de yaourt de 125 g. Ce probiotique est obtenu par fermentation du lait à l'aide des bactéries Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermopthilus.
les probiotiques. Les industriels peuvent donc indiquer des allégations santé assez larges », constate le Pr Thierry Piche, gastro-entérologue au CHU de Nice (lire l'encadré). À défaut d'une meilleure régulation de ces micro-organismes, on s'appuie donc sur les souches bactériennes qui ont fait leurs preuves.

État des lieux des connaissances scientifiques.

Les probiotiques amélioreraient le transit intestinal

Les souches probiotiques les plus connues appartiennent aux genres Lactobacillus, Bifidobacterium, Streptococcus et Saccharomyces. On les trouve en grande partie dans les aliments préparés à partir d’une fermentation lactique tels les yaourts et les fromages (cantal, bleus, camembert), le pain au levain, des produits dérivés du soja (miso, tempeh) ou encore certaines boissons (kéfir, kombucha). 
Ces micro-organismes faciliteraient le transit intestinal mais aussi la digestion de certains aliments. Exemples, 
  • les bifidobactéries (Bifidobacterium lactis DN-173 010), présentes dans le lait fermenté, sont bénéfiques pour les adultes souffrant de constipation (1) et les 
  • Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, contenues dans les yaourts, participent à la digestion du lactose (sucre du lait).
Ils protégeraient l'intestin contre les pathogènes Lactobacilles, bifidobactéries, et les levures Saccharomyces boulardii ont un effet dit immunomodulateur. 
« Ils stimulent la production de certains composants du système immunitaire, favorisent la sécrétion de cytokines anti-inflammatoires ou de certaines immunoglobulines (de type A) et facilitent la production de mucine, une protéine entrant dans la composition du mucus, pour protéger l'intégrité des cellules épithéliales formant la barrière intestinale, empêchant ainsi l'entrée de pathogènes dans l'intestin », explique Thierry Piche. 
Les probiotiques acidifieraient également le pH du tube digestif, ce qui limite la croissance de micro-organismes nocifs ou la production de toxines.

Attention en cas de traitement antibiotique

La souche bactérienne Lactobacillusrhamnosus GG et les levures Saccharomyces boulardi préviennent les diarrhées induites par la prise d'antibiotiques... à condition de les prendre conjointement au traitement. 
Une récente étude montre en effet qu'après la prise d'antibiotiques, les probiotiques retardent, au contraire, le retour à un microbiote sain (2).

Ils soulageraient certaines affections intestinales

La même souche bactérienne Lactobacillus rhamnosus GG et les levures Saccharomyces boulardi réduisent la durée et l'intensité des diarrhées liées à une gastroentérite. Par ailleurs, la bactérie Escherichia coli Nissle 1917 est utilisée comme traitement symptomatique du syndrome de l'intestin irritable. Elle agirait sur la douleur en produisant du GABA, un neurotransmetteur, qui agirait sur les neurones sensitifs situés au niveau du ventre et réduirait la douleur viscérale (3).

Un possible effet sur les os et les allergies

La bactérie Lactobacillus reuteri aiderait à freiner la perte osseuse (4). Les lactobacilles seraient bénéfiques contre les allergies. Ainsi la souche Lactobacillus paracasei LP-33 améliorerait la qualité de vie des personnes souffrant de rhinite allergique en diminuant l'intensité des troubles oculaires (larmoiements et la conjonctivite) (5). D'autres souches (Lactobacillus fermentum) agiraient également sur l'eczéma. Mais les probiotiques semblent néanmoins plus efficaces en prévention des allergies que pour leur traitement.

Ils ne sont pas efficaces chez tous les individus

C'est ce qu'ont observé des chercheurs israéliens (6). En effet, lorsque les bactéries probiotiques sont ingérées par une personne saine, les micro-organismes déjà présents dans l'intestin ne leur feraient pas automatiquement de la place pour s'installer. Par ailleurs, des effets indésirables (confusion, difficultés à se concentrer, gaz et ballonnements) ont été constatés chez des patients prenant des compléments alimentaires sans prescription (7). Il est donc recommandé de prendre un avis médical avant d'en consommer. m Sylvie Boistard 

« La supplémentation est inutile chez les personnes en bonne santé »

THIERRY PICHE Gastro-entérologue au CHU de Nice
« Un apport quotidien en aliments probiotiques tels les yaourts ou le pain au levain suffit à entretenir la flore intestinale chez les personnes en bonne santé. En revanche, une supplémentation peut améliorer les troubles digestifs dans certaines pathologies, comme le syndrome du côlon irritable. Toutefois la cure doit être réalisée dans un cadre médical, afin de sélectionner les bonnes souches bactériennes et en définir la dose. Pour être efficaces, les bactéries probiotiques doivent parvenir vivantes dans l'intestin. Or, l’acidité de l'estomac en tue près de 90 %. De plus, elles ne colonisent le tube digestif que de manière temporaire. Il faut donc en prendre suffisamment longtemps, au moins un mois, pour noter un éventuel effet. »

Lexique

MICROBIOTE (flore intestinale) 

Ensemble de micro-organismes (bactéries, levures, champignons microscopiques...) colonisant le tube digestif, où ils vivent en symbiose avec l'organisme. La composition du microbiote est unique pour chaque individu.

FERMENTATION LACTIQUE 

Sous l'effet des lactobacilles, les glucides des aliments sont transformés en acide lactique. C'est le type de fermentation le plus utilisé dans l'alimentaire (produits laitiers, légumes, pain au levain..).

LEVURE 

Champignon unicellulaire provoquant la fermentation des matières organiques animales ou végétales. Les levures servent à la fabrication du vin, de la bière, des alcools industriels, des pâtes levées et des antibiotiques.

Sources

 (1) Systematic review of randomised controlled trials : probiotics for functional constipation, Chmielewska et al, Worid J Gastroenterol, 2010.

(2) Post-Antibiotic gut mucosal microbiome reconstitution is impaired by probiotics ans improved by autologous FMT, Suez et al, Ce/i, 2018.

(3) Identification of an analgesic lipopeptide produced by the problotic Escherichia coli strain Nissle 1917, Pérez-Berezo et al, Nature Communication, 2017.

(4) Lactobacillus reuteri reduces bone loss in older women with low bone mineral density, Nilsson et al, Journal of internal medicine, 2018.

(5) Efficacy and safety of the probiotic Lactobacillus paracasel LP-33 in allergic rhinitis, Costa et al. Eur J Clin Nutr, 2014.
(6) Personalized gut mucosal colonization resistance to empiric probiotics is associated with unique host and microblome features, Zmora et al, Cell, 2018.

(7) Brain fogginess, gas and bloating: a link between SIBO, probiotics and metabolic acidosis, Satish et al, C/in. and Translational Gastroenterology, 2018.