C’est l’explosion ! Entre 1980 et 2014, le nombre de personnes obèses dans le monde a plus que doublé, pour atteindre 600 millions de personnes (source OMS). Une personne sur douze ! Et près d’une sur dix-sept (422 millions) est diabétique.

Autrefois réservés aux pays riches, ces maux frappent désormais tout le monde. A quoi attribuer cette épidémie planétaire ? Au sucre, affirment plusieurs experts outre-Atlantique, qui estiment que, plus que le gras, il est à l’origine de diabète, d’obésité, et, par voie de conséquence, de certains cancers, comme celui du sein ou du côlon. À la tête de cette croisade : le Dr Robert Lustig, professeur de pédiatrie clinique au Centre d’évaluation, d’étude et de traitement de l’obésité de l’Université de Californie. Une de ses vidéo a fait le buzz sur YouTube : Sugar : The Bitter Truth (Sucre : l’amère vérité) avec plus de 6,5 millions de vues !

Dans une tribune publiée dans la revue scientifique Nature en février 2012, il affirme que la consommation excessive de sucre agirait comme un « poison », une « toxine » aussi nocive que l’alcool et le tabac. Et de prôner les mêmes mesures coercitives pour en réduire la consommation : taxe et interdiction aux mineurs.

Différents types de sucre

Cette diabolisation est-elle justifiée ? Consommons-nous vraiment trop de sucre ? Un rappel technique s’impose. Les glucides sont indispensables à notre organisme. Chaque gramme de glucide apporte quatre calories, autant que les protéines et deux fois moins que les graisses. Ils sont la principale source d’énergie de notre corps. C’est pourquoi le taux de sucre dans le sang — la glycémie — doit rester constante (de 0,6 à 1 gramme par litre). Les glucides sont divisés en deux groupes. Les glucides simples, appelés « sucres », comme le fructose, le glucose, le maltose, le saccharose et le lactose, composés d’une ou deux molécules. Ils sont naturellement présents dans les fruits, certains légumes comme les carottes et la betterave, le miel, le lait. Ils ont une saveur sucrée.

Ce qui n’est pas le cas des glucides complexes — longtemps qualifiés de « sucres lents » —, fournis par les légumineuses (haricots secs, pois, lentilles…), les pommes de terre et les céréales. « Les sucres complexes ne sont pas nécessairement digérés plus lentement que les glucides simples », souligne le Dr Luc Tappy, professeur dans le service d’endocrinologie, diabète et métabolisme du centre hospitalier universitaire vaudois, à Lausanne (Suisse). « Le fructose, par exemple, est absorbé moins vite que l’amidon du pain blanc ou des céréales. Voilà pourquoi on ne parle plus de sucres lents ou rapides, mais d’index glycémique. » Lorsque les messages sanitaires recommandent de ne pas manger trop sucré, c’est aux glucides simples qu’ils font référence. Utilisé au singulier, le terme « sucre » désigne le saccharose pur, autrement dit le sucre de table, en poudre ou en morceaux. 80 % de sa production mondiale est extraite de la canne.

Un litre de Coca = vingt sucres

Les Français, enfants comme adultes, mangent en moyenne 100 grammes de sucre ou glucides simples par jour. « Cette consommation s’élève à 143 grammes en Amérique du Sud, 141 grammes en Amérique du Nord, 124 grammes en Europe et 118 grammes en Océanie », détaille le Pr Luc Tappy. 1 litre de boisson sucrée contient l’équivalent de 20 carrés de sucre. En France, la moitié des glucides simples ingurgités est naturellement présente dans les aliments. L’autre moitié correspond aux sucres ajoutés. Ceux-ci comprennent d’une part le sucre de table versé dans les yaourts ou le café, dont la consommation a chuté ces quarante dernières années, passant de 20 kilos par personne en 1970 à 7 kilos en 2007 (Insee). D’autre part, les sucres ajoutés englobent ceux que l’industrie agroalimentaire incorpore lors de la fabrication de très nombreux aliments. Pour en améliorer le goût bien sûr, mais aussi la texture, la couleur, ou favoriser la fermentation (pain). Plus de 80 % du sucre vendu en France pour l’alimentation humaine (hors médicaments et alcool) est incorporé aux aliments industriels.

Or, les ventes de certains produits industriels sucrés ont explosé : les pâtes à tartiner, par exemple, ont doublé entre 1995 et 2007. Les Français boivent aussi de plus en plus de sodas, près de 56 litres par personne chaque année. Pour préserver sa santé, existe-t-il un seuil de glucides simples à ne pas dépasser ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) n’en a pas fixé. Elle recommande seulement d’en diminuer les apports de 25 %. Difficile à évaluer. D’autant plus que les sucres ajoutés sont partout, jusque dans les plats salés : soupes, sauce, plats préparés, charcuterie…

Le sucre n’est pas le seul responsable

Du sucre ingéré de manière « passive » : le cerveau n’enregistre pas qu’il absorbe un aliment. Pourtant, un litre de coca représente 420 kilocalories ! Autant qu’une assiette de couscous royal, l’effet de satiété en moins, assurent certains chercheurs. Ainsi, la consommation de boissons sucrées augmenterait le risque de surpoids, lui-même facteur de risque de diabète.

Peut-on pour autant affirmer que l’excès de sucre est responsable de l’épidémie d’obésité et de diabète ? Difficile de trancher. « Pendant la période où la prévalence de ces pathologies a augmenté, la consommation de sucre a explosé, tempère Guy Fagherazzi, chercheur à l’Inserm. Mais celle des graisses et de la viande aussi. De plus, l’activité physique a beaucoup diminué. Ces pathologies sont dues à la conjonction de multiples facteurs. L’excès de sucre en est un parmi d’autres », conclut-il.

Isabelle Verbaere

Par l'équipe Ça m'intéresse

________________________

Les édulcorants, des additifs pas anodins

Les édulcorants n’ont aucun intérêt nutritionnel avéré. Alors mieux vaut les éviter, d’autant que des chercheurs évoquent des effets possibles sur la santé.

Chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), Irène Margaritis classe les édulcorants dans une catégorie à part. C’est, en effet, le seul additif alimentaire pour lequel elle a dû étudier l’intérêt nutritionnel, alors que par définition les additifs (colorants, agents de texture, exhausteurs de goût) n’en ont pas. Conçus pour les diabétiques dans les années 1970, les édulcorants ont suscité l’intérêt des industriels pour répondre au plaisir du goût sucré sans avoir les calories qui vont avec. Mais les vertus nutritionnelles attendues n’ont jamais suivi.

En effet, depuis leur arrivée sur le marché alimentaire (en 1988 en France pour l’aspartame), les édulcorants sont des ersatz inutiles, selon le dernier avis de l’Anses de 2015. « Malgré les nombreuses études financées par l’industrie agroalimentaire sur les bénéfices nutritionnels, rien ne permet de conclure à un effet des édulcorants sur le poids ou sur la diminution des risques de diabète », estime Irène Margaritis.

En revanche, l’Anses regrette le manque d’études sur les risques liés à la consommation d’un produit sucré sans sucre et suspecte des effets sur les comportements alimentaires et le métabolisme.

Quant à la toxicité des substances, l’Anses conclut dans son dernier avis à l’absence de risques, dans la limite des quantités autorisées dans les produits industriels. Depuis, plusieurs études ont montré des effets possibles sur le développement de l’obésité et du diabète de type 2. En attendant le prochain avis de l’agence, tout pousse déjà à les éviter.

MAGALI REINERT, 60 MILLIONS DE CONSOMMATEURS / N° 536 / AVRIL 2018



dimanche 02 décembre 2018

  « « Les pics de sucre sanguin sont mauvais pour notre immunité, complète JeanPaul Curtay. On estime que 50 g de glucides rapides peuvent affaiblir les défenses de notre organisme pendant cinq heures.» » Sciences et vie

dimanche 03 février 2019

  « Stevia, aspartam, acésulfame K, sucralose... Les édulcorants permettent-ils de contrôler son poids, sa glycémie ? Ont-ils un intérêt quelconque pour la santé ? On l’ignore encore, montre une méta-analyse récemment publiée dans le British Medical Journal. Cette synthèse de 56 publications sur la question échoue à mettre en lumière une supériorité significative des
édulcorants sur le sucre. Plus de 40 ans après la première mise sur le marché de l’aspartam aux États-Unis, on n’est donc toujours sûr de rien. » Que Choisir