Paaaeu au bio ?
?acüe & diaz!
Travailler sans pesticides chimiques, beaucoup de cultivateurs ne demanderaient pas mieux.
Mais il faut se colleter avec de nombreuses contraintes techniques et économiques, comme l’explique Pascal Clavier, arboriculteur dans le Cher.
e suis un pur produit (<} de l’agriculture conventionnelle. >> Le constat, dressé par Pascal Clavier, à la tête de 50 hectares de vergers, est partagé par la plupart des agriculteurs.
«Je me souviens, gamin, avoir vu mon grand—père émerveillé devant l'efficacité des pesticides chimiques. Pour cette génération, c'était miraculeux. Ensuite, au lycée agricole, on nous a appris des formules: vous avez tel problème, voilà une panoplie de produits. 5an que sur ces produits, petit a petit, on a vu apparaître des têtes de mort, on a entendu parler de collègues qui avaient des problèmes de santé, ca fait réfléchir. >> Dès les années 90, même en dehors du monde de la bio, l'idée d'imaginer des techniques plus économes en pesticides émerge. Pascal Clavier, qui cultive essentiellement des pommiers et poiriers, n’y est pas insensible et il finit par convertir, en 2010, dix hectares de son exploitation à l'agriculture biologique.
Il pratique donc de front les cultures conventionnelle et bio.
Protéger les cultures Les statistiques du ministère de l'Agriculture (35 traitements a base de pesticides en moyenne sur les vergers de pommes) ne l'étonnent ni ne l'indignent.
<< Si on traite, ce n'est pas pour le plaisir de montrer son tracteur! On n'a pas le choix.
Prenez la tavelure, ce champignon qui provoque des taches noires sur les feuilles et les fruits. Dès que le temps est trop humide, il faut protéger nos arbres, c'est d’ailleurs le Service de protection des végétaux qui nous alerte régulièrement Ici, le climat est plutôt pluvieux, on peut en arriver à faire quinze passages uniquement contre la tavelure.
Mais il y a aussi d’autres champignons — l’oi‘dium, le botrytis — des insectes foreurs, des pucerons, sans compter les mauvaises herbes. Contre les insectes, j Utilise de plus en plus les pièges ou la confusion sexuelle (on diffuse des phéromones qui empêchent le mâle de retrouver sa femelle), mais ce n'est pas toujours suffisant.» Et pourtant, en bio, il faut bien faire avec ces techniques alternatives.
<< Contre la tavelure, on a des variétés de pommes résistantes.
Mais certaines sont difficilement commercialisables, car inconnues des consommateurs.
Pour le reste, on recourt notamment à la lutte biologique.
Par exemple, un acarien rouge nous posait problème, on est allé chercher dans les vignes un autre acarien qui est son prédateur et désormais on n'utilise plus que ça, même en conventionnel. Le problème, c'est que ça ne fonctionne pas toujours. On a un fléau, le puceron lonigère: les arbres attaqués dépérissent. Il y a quatre ans, j’ai voulu les éliminer par un lâcher de coccinelles, leurs prédateurs, mais ça n’a pas fonctionné et j'ai perdu ma récolte. J ’ai failli retourner en 100% conventionnel.
Quand vous êtes habitué au confort de la chimie où, à chaque problème, votre fournisseur de pesticides vous trouve une solution, c'est dur de travailler autrement. >> Le bio plus contraignant Plus aléatoire, la culture biologique est aussi plus onéreuse et plus chronophage.
« Pour désherber un hectare en conventionnel, j'ai besoin de 3 litres de glyphosate, ça me coûte 7 euros, je passe une fois, ça me prend une demi—heure et je suis tranquille pour deux mois.
En bio, un hectare me prend deux jours, ça nécessite bien plus de gasoil, sans compter que trouver assez de jours sans pluie au printemps pour tout désherber n'est pas évident. >> Autre difficulté quand on passe en bio: trouver de nouveaux débouchés. «Les gestionnaires de restaurants scolaires sont encouragés à proposer des produits bio mais ils inuoquent des contraintes budgétaires.
Même chose avec ce détaillant local qui veut bien me prendre mes fruits mais au même prix que les conventionnels. >> Dans un monde idéal, Pascal Clavier se verrait bien à la tête d’une exploitation entièrement bio.
« Ce serait plus en cohérence avec ce que j’ai profondément envie de faire dans la conduite de mon exploitation mais aussi pour la commercialisation.
Avant, j'étais un numéro pour ma coop et un code de traçabilité pour mes acheteurs. J’ai retrouvé une dignité en vendant mes produits en direct: on échange, c'est un vrai plaisir, et les gens acceptent de payer le juste prix.
Mais d 'un autre côté, cultiver en bio est parfois décourageant, c’est exigeant en temps, en argent, ça demande d’acquérir tout un savoir—faire. Et on n’a pas le droit à l’erreur. Je veux transmettre mon exploitation avec des valeurs auxquelles j’adhère. Mais pour pour ça, la première chose à faire est de m’assurer qu'elle est viable. >> 

samedi 15 juin 2019

  « Les pionniers du biologique envisageaient leur démarche comme un tout, en opposition au développement de l'agrobusiness.
Ils se sont engagés pour un retour à des exploitations à taille humaine,des parcelles réduites et des rotations de cultures, des zones humides et des haies naturelles... » 60 MC