2017-Alimentation: Additifs, Nanoparticules

Les sucreries du commerce contiennent du E171, un additif en nanoparticules. 

Avant les nanos

Certains additifs ont été autorisés en Europe dans les années 1960 car, à l‘époque, on pensait que leurs particules étaient trop grosses pour être absorbées par l‘intestin avant de se retrouver dans le sang. Et si une petite fraction parvenait tout de même à traverser cette barrière. on imaginait que ces particules seraient rapidement détruites.

Que sont les nanoparticules ? 

Des particules 50 000 fois plus petites qu'un cheveu. Elles sont présentes non seulement dans plusieurs objets du quotidien comme:
  • les vêtements, 
  • les peintures ou 
  • les produits cosmétiques, 
mais aussi dans un additif alimentaire utilisé comme colorant blanc et opacifiant par les industriels de l'agro-alimentaire sous le terme:
  • E171, ou 
  • dioxyde de titane (TiO2).

Le dioxyde de titane 

C' est un colorant blanc. Des récentes évaluations menées aux Etats-Unis montrent:

  • qu’un adulte américain en ingérerait chaque jour en moyenne 71 microgrammes pour chaque kilo de son poids. Pire, 
  • les enfants de moins de 10 ans en absorberaient 10 à 20 fois plus, du fait des confiseries. 
Or les alertes concernant cet additif ont déjà été lancées depuis une dizaine d’années.

Où se trouvent-elles ?

Le règlement européen en vigueur depuis décembre 2014 prévoit l’étiquetage des nanomatériaux. Mais tous les fabricants ne le font pas. Le magazine "60 millions de consommateurs" a décidé de faire le test. 

Dans son édition de septembre, il publie le résultat d'analyses effectuées sur dix-huit produits -des bonbons, des gâteaux et des desserts glacés- : eh bien, absolument toutes ces douceurs prisées des enfants contenaient le colorant E171 sous forme nanoparticulaire.
Les sucreries incriminées sont des produits de grande distribution : 
  • les gâteaux glacés Monoprix Gourmet (100% de l'additif sous forme nano), 
  • les gâteaux Lightbody Star Wars (100%), 
  • les M&M's (20%). 
  • les biscuits Napolitain de Lu (12%)... 
  • mais aussi les bonbons Mini Mammouth de Zed Candy.
Selon Eric Houdeau. directeur de recherche à l'Inra à Toulouse. la question est plutôt de savoir si elles y sont apparues naturellement ou si elles y ont été ajoutées intentionnellement par les industriels « Les nanoparticules existent naturellement dans l‘environnement », explique-t-il. On en trouve dans les cendres volcaniques. les embruns océaniques. la poussière se soulevant des chemins : que ce soit par des processus chimiques (combustion. oxydation. etc.) ou physiques (frottement. abrasion. etc.). la matière finit par s’user et par être réduite en poussières. lesquelles atteignent parfois la taille nanométrique. « La question n‘est donc pas de savoir s‘il y a des nanoparticules dans l’alimentation — nous savons que c’est sûrement le cas — mais si certaines y ont été apportées volontairement lors de la transformation des aliments, et si celles—ci ont un impact sur la santé ». résume le scientifique. 

Quels sont leurs effets ?

La taille des nanoparticules booste leurs propriétés chimiques. En effet. si l‘on compare un gramme de produit contenant uniquement des nanoparticules à un gramme de particules plus grosses. les nanoparticules sont forcément plus nombreuses. car elles sont plus petites. Et leur surface est plus importante donc davantage susceptible de réagir avec leur environnement. Mais aussi avec notre organisme.

Les nanoparticules, utilisées pour optimiser les propriétés du colorant, passeraient plus facilement nos barrières physiologiques, comme l'estomac, et se retrouver dans nos organes. En s'immisçant au sein-même de nos cellules, on les soupçonne de pouvoir provoquer un dérèglement de certaines d'entre elles.
"Comme pour le bisphénol A ou les OGM, il faut appliquer le principe de précaution" 
estimait déjà en juin 2016 l'ONG "Agir pour l'environnement", qui avait identifié à l'époque 150 produits alimentaires contenant ce colorant.

Lésions pré-cancéreuses : 

des effets nocifs prouvés sur le rat L'ONG "Agir pour l'environnement" lien avait déjà tiré la sonnette s'alarme quant à la présence de nanoparticules dans les produits alimentaires en juin 2016. L'Agence nationale de Santé lien avait ensuite été saisie par le gouvernement pour déterminer si ce produit présentait un éventuel danger pour les consommateurs, comme le laissait entendre un rapport de l'Inra (janvier 2017). Dans cette étude, les expert concluaient que l'exposition chronique au E171 favorisait la croissance de lésions pré-cancéreuses chez le rat. 

Cette étude ne permettait cependant pas une extrapolation à l'homme, selon son auteur, mais il n'empêche qu'une évaluation par l'agence du cancer de l'OMS lien avait conduit à classer le dioxyde de titane comme cancérogène possible pour l'homme en cas d'exposition professionnelle par inhalation.

En quoi consistait cette expérience scientifique? Le journal "La Croix" explique que les chercheurs ont exposé oralement des rats au E171 à une dose de 10 mg par kilogramme de poids corporel et par jour, proche de l’exposition alimentaire humaine, et ont montré que le dioxyde de titane était absorbé par l’intestin, passait dans la circulation sanguine et finissait par se retrouver dans le foie des animaux". Ainsi, des nanoparticules de dioxyde de titane étaient présentes dans la paroi de l’intestin grêle et du côlon et se logeaient dans le noyau des cellules immunitaires localisées dans l’intestin.

Le dioxyde de titane accusé d’être cancérigène

Le dioxyde de titane est un colorant blanc consommé quotidiennement dans les pâtisseries, les confiseries, les sauces, etc… Des récentes évaluations menées aux Etats-Unis montrent qu’un adulte américain en ingérerait chaque jour en moyenne 71 microgrammes pour chaque kilo de son poids. Pire, les enfants de moins de 10 ans en absorberaient 10 à 20 fois plus, notamment du fait de leur consommation élevée de confiseries. Or les alertes concernant cet additif ont déjà été lancées depuis une dizaine d’années.

En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane comme « cancérogène possible » pour l’Homme lorsqu’il est inhalé. En 2016, l’Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a soumis une proposition à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) afin que ce composé soit classé plus sévèrement, non plus comme « cancérogène possible » pour les humains, mais tout simplement comme « cancérogène » avéré. Des risques encore amplifiés par le fait que le dioxyde de titane utilisé dans l’alimentaire se trouve partiellement sous forme de minuscules particules de taille nanométrique. En effet, de part leur petite dimension, ces nanoparticules passent plus facilement les barrières biologiques comme celles des vaisseaux sanguins ou des organes.

Les particules passent la barrière intestinale

Cependant jusqu’ici, les tests n’avaient été effectués que par inhalation et non par ingestion du dioxyde de titane. Une lacune désormais comblée par l’étude menée en janvier par l’INRA. Et les résultats obtenus sont inquiétants. Ils montrent pour la première fois in vivo que dans le cas d’une ingestion orale, les particules de E171 franchissent la barrière intestinale et atteignent la circulation sanguine. Les scientifiques ont ainsi retrouvé du dioxyde de titane dans le foie des animaux ainsi que dans le noyau de certaines cellules immunitaires, induisant des défaillances du système immunitaire. Dans le cas d’une exposition chronique au colorant, les rats ont même développé certaines lésions pré-cancéreuses au niveau du colon.

Ces données apportent de l’eau au moulin de certaines associations comme Agir pour l’environnement, qui réclament un moratoire sur la présence de nanoparticules dans l’alimentation tant que leur toxicité n’a pas été mieux évaluée. Aux Etats-Unis, des marques se sont déjà engagées à les bannir de leurs produits, comme Starbucks et Dunkin Donuts. Les industriels français suivront-ils ?

 

Audrey Boehly et Alice Bomboy

Par l'équipe Ça m'intéresse

mercredi 07 février 2018

  « Selon le dernier bilan annuel, plus de 400 000 tonnes de nanomatériaux ont été introduits dans les produits les plus divers en France sans que les consommateurs en soient informés. Pourtant, l’incertitude demeure autour des risques liés à ces substances de taille infinitésimale. » Que Choisir 2018

mercredi 07 février 2018

  « Mondelez International. à qui appartiennent les marques LU et Malabar. a bien voulu communiquer. Et sa réponse est sans appel : « nous n‘utilisons pas les nanotechnologies dans l’élaboration de nos produits». Autrement dit, s’il y a des nanonarticules dans leurs chewin-gums et leurs biscuits. ils ne sont pas au courant. Alors. à qui la faute ? Certains industriels de l’agroalimentaire pointent du doigt leurs fournisseurs et plus précisément les fournisseurs d’additifs ces composés ajoutés aux aliments pour préserver leur qualité sanitaire, améliorer leur aspect, leur goût ou leur texture ont déjà mauvaise presse. » pierre

mercredi 07 février 2018

  « Christelle Chapteuil. administratrice du Syndicat national des compléments alimentaires (Synadiet). ne s‘en cache pas. « Dans le secteur des compléments alimentaires. les particules nanométriqucs contenues dans les additifs présentent un réel intérêt industriel. confinne-t-elle. Elles sont si petites qu‘elles permettent aux poudres de mieux s‘écouler et facilitent ainsi le remplissage des gélules. Sans elles. je ne suis même pas sûre que nous saurions comment fabriquer nos compléments alimentaires sous leur forme actuelle.» Certains additifs utilisés dans ces gélules sont d‘ailleurs aussi employés dans l‘alimentation biologique. » pierre

mercredi 07 février 2018

  « « Il faut se rendre compte que nous utilisons ces adjuvants depuis très longtemps et que,jusqu'à récemment. nous n‘avions pas été alertés sur leur possible dangerosité. Quand nous l‘avons appris. nous avons regardé les études déjà menées et les conclusions ne sont pas évidentes: à ma connaissance, aucune n'a montré de façon formelle que les nanoparticules étaient toxiques dans des conditions normales d‘ingestion chez l‘homme ». affirme Christelle Chapteuil. » pierre

mercredi 07 février 2018

  « Dans un rapport publié en 2009, nous prévenions déjà que les études sur la toxicité des nanoparticules dans l’alimentation étaient insuffisantes. Aujourd’hui, ce constat est toujours le même. se désole Aurélie Niaudet, adjointe au chef d’unité d‘évaluation des risques liés aux agents physiques de l’Anses » pierre

mercredi 07 février 2018

  « Depuis 2013 R-Nano est un système de déclaration obligatoire à l'intention des industriels. R-Nano n‘oblige qu'à déclarer à quelles catégories de produits sont destinés les adjuvants (alimentation, pesticides, papeterie...). impossible aussi de connaître la quantité exacte de substances nanoparticulaires concernée. En 2015. les industriels ont déclaré au total 416 000 tonnes de nanoparticules dans le fichier R-Nano mais l'obligation de déclaration ne concerne que les quantités supérieures à 100 tonnes ! » pierre

mercredi 07 février 2018

  « Depuis décembre 2014, le règlement européen Inco (règlement sur l‘information des consommateurs sur les denrées alimentaires) impose l’étiquetage systématique des produits contenant des nanoparticules. Oui, mais voilà :un autre règlement européen intitulé Novel Food, relatif aux nouveaux aliments et ingrédients alimentaires à été voté en 2015 et entrera en application en 2018. Il statue lui aussi sur cette obligation d’étiquetage. « La question de l‘étiquetage étant traitée dans les deux textes, le lobbying de l‘industrie agroalimentaire est parvenu à faire accepter que l’application d‘lnco soit suspendue jusqu’à ce que le texte Novel Food sorte » » pierre

mercredi 07 février 2018

  « on peut s‘étonner que l‘Anses ait, quant à elle, souhaité mettre un terme fin 2015 au travail du groupe d‘experts qu’elle avait formé sur des questions pourtant encore très discutées scientifiquement. .. commente Stéphanie Lacour » pierre

mercredi 07 février 2018

  « la DGCCRF (Direction générale de la concurrence. de la consommation et de la répression des fraudes) — l‘autorité en charge des contrôles garantissant l’information et la protection du consommateur — semble enfin prête à s‘attaquer à la problématique des nanoparnanoparticules ne posent pas de problèmes sanitaires. » pierre

dimanche 03 février 2019

  « Les positions du gouvernement concernant le dioxyde de titane donnent le tournis. Ce colorant, utilisé dans les produits alimentaires (E 171),médicaments et cosmétiques, est au
moins en partie nanométrique (voir QC n° 566). Cela pourrait lui conférer des propriétés toxiques, comme l’a suggéré une étude menée sur des rats, chez qui il a provoqué des lésions précancéreuses. La loi Alimentation votée à l’automne prévoyait la suspension de son usage dans les produits alimentaires. Inquiètes des atermoiements du gouvernement après sa promulgation, 22 organisations dont l’UFC-Que choisir signaient, fin décembre, une tribune pour exiger le retrait du E 171 prévu par ce texte. Le 8 janvier, Bruno Le Maire annonçait qu’il attendait un avis de l’Agence de sécurité sanitaire promis à l’automne pour décider si l’interdiction se justifiait ou non. Il précisait : « Dans le doute, c’est aux industriels de
s’abstenir. » Tollé des 22 organisations, qui ont fini par obtenir un rendez-vous au ministère le 11 janvier. Bruno Le Maire leur a promis de demander à L’Anses de rendre son avis avant avril puis, sur la base de cet avis, de saisir la Commission euro- péenne pour interdiction. Les experts sont donc priés, sur un dossier complexe, de décider à marche forcée, que oui, il y a un risque certain à laisser ce colorant sur le marché. En réalité, il n’y a pas de certitudes, ce sont plutôt des soupçons qui entourent cet additif, et les nanoparti-
cules en général. Mais en l’état actuel de la réglementation européenne, des soupçons, cela ne suffit pas à faire interdire un composé. Même si son utilité (en l’occurrence, rendre les produits plus blancs ou brillants) est plus que douteuse » Que Choisir