2018 (Marianne)

L‘urine de Charline  est contaminée. Des résidus de glyphosate, l'herbicide le plus vendu au monde, y ont été retrouvés. L'animatrice de France Inter est loin d'être un cas isolé : les 29 autres volontaires testés en même temps qu'elle par l'ONG Générations futures présentaient tous des taux plus ou moins élevés de ce produit, aussi connu sous le nom commercial de Roundup. Pis : 96,66 % des concentrations étaient supérieures à la maximale admissible pour un pesticide dans l'eau de 0,1 ng/mil, précise même l'association. 

« Ces analyses confirment ce que nous craignions après avoir consulté d'autres études réalisées ailleurs en Europe et dans le monde : nous sommes toutes et tous contaminés par le glyphosate », déplore François Veillerette, le porte-parole de Générations futures. 

Plus récemment, c'est dans les corn flakes que l'association a retrouvé des traces de giyphosate.

En dépit des controverses, l'autorisation d'utilisation du désherbant, soupçonné d'être cancérigène, a été renouvelée pour une durée de cinq ans par la Commission européenne en fin d'année dernière - la France était contre.

Herbicides, insecticides, fongicides.. ces produits chimiques sont utilisés pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles. Plus d'un millier de substances existent, selon les données de l'Inserm, qui a mené, en 2013, une expertise sur leurs effets sur la santé humaine. 

« Il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l'adulte : la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques », alertaient les chercheurs, s'appuyant sur la littérature scientifique publiée depuis les années 80. 

« Par ailleurs, poursuivent les experts, les expositions aux pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale ainsi que la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l'enfant. » 

2016 (Conso d'Alsace)

Actuellement, l’arrêté de 2006* est l'un des rares textes permettant aux riverains de zones cultivées de manière intensive de se protéger, a minima, de pulvérisations de pesticides toujours plus nombreuses. Il indique les mesures de précaution devant être prise par l'agriculteur au moment des épandages. En effet, il précise:

“Quelle que soit l’évolution des conditions météorologiques durant l'utilisation des produits, des moyens appropriés doivent être mis en œuvre pour éviter leur entraînement hors de la parcelle ou de la zone traitée. Les produits ne peuvent être utilisés en pulvérisation ou poudrage que si le vent a un degré d'intensité inférieur ou égal à 3 sur l'échelle de Beaufort.”

Il faut savoir que le seuil de (19 km/h) est dépassé dès lors que l'on peut voir les feuillages d’un arbre bouger.

Ce texte interdit également la pulvérisation à moins de 5 mètres des cours d'eau visible sur une carte au 1/25000. Le non—respect de ces principes faisait courir à l'agriculteur contrevenant le risque d’une lourde amende et d'une peine de prison. Ces menaces permettent, dans certains cas, de limiter les débordements !

Arrêté mis en cause

Aujourd'hui, les agriculteurs utilisant des pesticides, via l'Association nationale pommes poires (ANPP), remettent en cause l’interdiction de traiter quand le vent est supérieur à 3 sur l’échelle de Beaufort. De son côté, l'association environnementale Génération futures recense des nombreux témoignages attestant que cette limite est très souvent dépassée. Dès lors, il n’est pas surprenant que cet arrêté soit vécu comme une gêne par certains agriculteurs.

Et ils ont été entendus puisque le Conseil d’Etat l'a abrogé en juillet dernier : il n'a pas été soumis à Bruxelles pour examen préalable.

Les discussions entre les associations environnementales, les syndicats professionnels et les pouvoirs publics visent à s’entendre sur la publication d'un nouvel arrêté.

« Nous espérons qu’il ira au-delà du précédent, précise François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Et surtout dans les formes afin qu’il ne soit pas attaquable comme le précédent. »

L'association environnementale explique que cela fait des années qu'elle recueille des centaines de témoignages de riverains victimes des pesticides. Des collectifs de parents, toujours plus nombreux, et de riverains se forment pour dénoncer les menaces que fait courir l'usage de ces produits à proximité de zones où des enfants, des femmes enceintes ou toute autre personne vulnérable sont susceptibles de se trouver !

Les agriculteurs utilisant des pesticides expliquent que devant une attaque d'insectes, il est difficile d'attendre que le vent cesse pour pouvoir pulvériser.

« Tout ceci montre, continue François Veillerette, la limite du système. Le fait de conditionner l'utilisation des pesticides à la force du vent rend plus difficile leur pulvérisation. C'est vrai. Mais c'est aussi le but du jeu. Ce que nous voulons, c'est contraindre les agriculteurs à utiliser des techniques moins agressives. Tant que l'utilisation des pesticides sera facilitée, ils ne seront pas incités à le faire. »

Maintenant, Générations futures espère qu'avec la remise à plat de ce texte, la situation va changer. Les ministères de l'Agriculture, tout comme celui de la Santé et l’Environnement, doivent, en concertation avec les associations, rédiger et publier un arrêté véritablement protecteur pour les populations exposées. Il s'agit là d’une question majeure de santé publique 0 *Té/échargement de l’arrêté du 72 septembre 2006 : www. cca.asso. fr (Onglet ”Actualité ")

Que faire si on subit des épandages !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, alors que des milliers de personnes sont potentiellement concernées par des expositions à des pesticides agricoles, il n'existe aucun texte de loi visant à signifier clairement une distance minimum entre un champ et des habitations en dessous de laquelle il est interdit d'épandre.

L'association environnementale “Générations futures“ demande des distances imposées pour la pulvérisation, entre 50 et 100 mètres. En 2015, l'association a mené une étude montrant qu’à l'intérieur de foyers à proximité de champs agricoles traités, on pouvait trouver jusqu'à une trentaine de résidus de pesticides différents dans les poussières !