NOTION DE RADIOACTIVITE 

Les atomes composant la matière qui nous environne sont, pour certains, instables : ceux-ci se dégradent spontanément en un autre atome en émettant des rayonnements ionisants : il s’agit de la radioactivité. Les rayonnements ionisants émis sont habituellement définis en fonction de leur pouvoir de pénétration dans la matière, qui les absorbe plus ou moins selon leur énergie (rayonnements alpha, bêta et gamma ou X). L’effet des rayonnements ionisants sur l’homme dépend d’une part de l’intensité avec laquelle ils sont émis et d’autre part de leur pouvoir de pénétration dans la matière. Les populations sont, suivant leur degré de proximité avec des sources de radioactivité (naturelle ou artificielle), susceptibles d’être exposées selon les voies suivantes : - irradiation externe ; - contamination interne, par ingestion ou inhalation. Les différentes unités de mesure liées à la radioactivité et à l’exposition aux rayonnements ionisants sont : - Le becquerel (Bq) mesure l’intensité d’une source radioactive, c’est-à-dire son activité. - Le gray (Gy) mesure la quantité de rayonnement (ou d’énergie) absorbée par l’individu (ou l’objet) exposé. - Le sievert (Sv) mesure l’effet biologique produit sur l’individu par le rayonnement ionisant absorbé. 

 

1.1.2 EXPOSITION DE LA POPULATION

 

 La radioactivité naturelle est la principale source de l’exposition de la population aux rayonnements ionisants (à l’exception des expositions médicales). Les sources de radioactivité naturelle sont diverses : - les rayons cosmiques qui ont deux composantes : la première est due aux ions très énergétiques en provenance des galaxies et la deuxième, qui vient du soleil (« vent solaire »), est surtout constituée de protons ; - la radioactivité du sol (ou rayonnement tellurique) émis par de nombreux éléments radioactifs présents dans l’écorce terrestre comme l’uranium et le thorium ; - la radioactivité des eaux qui dépend de leur composition chimique et de la géologie des terrains qu’elles drainent ; - la radioactivité du corps humain, due aux aliments contenant des éléments radioactifs qui, après ingestion, viennent se fixer dans les tissus et les os ; - la radioactivité de l’air qui est essentiellement due au gaz radon-222, lui-même issu de la décroissance de l’uranium-238 présent naturellement dans les sols. En France, la dose moyenne résultant des expositions naturelles reçue par le public est de 2,4 mSv/an (Tab. 1). 

 

 

 

 Celle reçue en France au travers des aliments et de l’eau de boisson est de 0,2 mSv/an [4]. Cette exposition est principalement due à l’ingestion du potassium-40 et des radioéléments issus des familles de l’uranium et du thorium, tous naturellement présents dans l’environnement [5].

 

 

 

 

ORIGINE DE LA RADIOACTIVITE NATURELLE DANS LES EAUX La radioactivité naturelle dans les eaux est en relation directe avec la nature géologique des terrains qu’elles traversent, le temps de contact, la température, la solubilité des éléments rencontrés, etc. Les éléments radioactifs naturels fréquemment rencontrés dans les eaux, dans des proportions diverses sont : radium- 226, radium-228, radon-222, uranium-234, uranium-238, plomb-210 et potassium-40. L’eau se charge d’éléments radioactifs lors de son passage au travers des roches plutoniques2 ou métamorphiques3 profondes. Dans les zones de roches magmatiques4 riches en uranium et en thorium, la radioactivité est plus élevée que dans les zones sédimentaires5 . Ainsi, les eaux de source des régions granitiques présentent parfois une activité naturelle élevée due au radium-226 et au radon-222. C'est pourquoi l'eau provenant de puits profonds contient fréquemment une radioactivité naturelle (radon6 etc.) beaucoup plus élevée que les eaux de surface dans les rivières, les lacs ou les ruisseaux. Cependant, les eaux profondes ne sont pas les seules eaux radioactives. Certaines eaux superficielles ayant pour réservoir des roches anciennes affleurantes peuvent aussi présenter une radioactivité importante. Par ailleurs, les eaux de surface sont, pour la plupart, radioactives naturellement parce qu'elles contiennent du potassium naturel à l'état dissous (mélange de potassium stable et de potassium-40 radioactif). A la date de commande de cette étude, fin 2011, aucune réglementation française ni européenne ne fixait de référence ou de limite de qualité pour les concentrations en uranium ou en radon dans les eaux – seules des 

 

recommandations existaient. Afin de disposer d’éléments techniques précis et de compléter les données disponibles dans la perspective d’une éventuelle révision de la réglementation, la DGS et l’ASN ont demandé à l’IRSN de réaliser, sur les eaux conditionnées françaises, des mesures systématiques de la teneur en uranium et des mesures ponctuelles en radon-222.

 

 

URANIUM Nonobstant sa toxicité radiologique, l’uranium est également un toxique chimique (comme le sont les métaux tels l’arsenic, le baryum, le plomb…). Dans la dernière version de ses « Guidelines for drinking-water quality », l’OMS définit une valeur guide provisoire (30 µg/l) pour la teneur en uranium des eaux de boisson, au motif de cette toxicité chimique [6]. A ce jour, ni la réglementation européenne ni la réglementation française ne prévoient d’exigences de qualité pour le paramètre uranium. Les activités des isotopes de l’uranium sont recherchées dans le cadre de la détermination d’une dose totale indicative (DTI). Pour autant, la contribution de l’uranium à la dose de radioactivité est rarement prépondérante : à la concentration préconisée par l’OMS (30 µg/l7 ), pour une eau dont les différentes composantes en uranium sont à l’équilibre8 , sa contribution à la dose serait de 26 µSv/an9 , soit un quart de la référence de qualité de 0,1 mSv/an. Dans la perspective d’une éventuelle évolution de cette nature, il est intéressant de vérifier, de manière très concrète, la mesure dans laquelle les eaux conditionnées françaises dépassent ou non les préconisations de l’OMS. 

 

 

 

RADON Le radon est un gaz radioactif existant à l'état naturel et son principal isotope est le radon-222, descendant du radium-226 présent dans les roches, les sols et les eaux. Le radon est présent dans toutes les eaux naturelles de surface et souterraines mais à des niveaux d’activité volumique variables. En raison de sa grande volatilité et de sa période radioactive, l’eau mise en bouteille contient peu ou pas de radon. Seule l’eau prélevée dans un puits ou arrivant au robinet est susceptible d’en contenir de manière significative. Par ailleurs, les conséquences dosimétriques et sanitaires de l’ingestion de radon dissous dans l’eau sont de second ordre par rapport à celles résultant de l’inhalation de radon gazeux de sorte qu’aucune réglementation spécifique ne prévoit son contrôle dans les eaux de boisson en France10 . L’OMS pour sa part rappelle qu’en moyenne, 90% de la dose attribuable au radon contenu dans l’eau de boisson provient de son inhalation et considère en conséquence que la définition d’une valeur guide pour le radon dissous dans l’eau n’est généralement pas nécessaire [6]. La Commission européenne s’était engagée dans la voie normative sur le radon dissous dans l’eau, en émettant une recommandation fixant à 100 Bq/l la concentration en radon dissous, en dessous de laquelle aucune action corrective n’est conseillée11 et à 1 000 Bq/l, la concentration à partir de laquelle des mesures correctives sont jugées justifiées au plan de la protection radiologique [7]. Une directive européenne fixant des exigences pour la protection de la santé de la population en ce qui concerne les substances radioactives dans les eaux destinées à la consommation humaine a été adoptée en mai 2013 [à paraître]. La valeur paramétrique retenue pour le radon est de 100 Bq/l. Comme la question de la mise en place d’une référence de qualité spécifique pour le radon dissous dans l’eau de boisson est régulièrement évoquée dans le cadre de l’examen des réglementations sanitaires, mais que la probabilité de détection de quantités significatives est faible pour les eaux conditionnées, cette étude ne procédera qu’à la mesure du radon de quelques eaux conditionnées dans des bouteilles en verre, aux fins de vérifications ponctuelles.