2015-CyberGuerre

 premier colloque Cyberdéfense qui se tient à Paris.

CE SONT des « pirates , des corsaires ou des mercenaires », selon le vocabulaire utilisé par le ministère de la Défense. Voici les nouveaux ennemis de l’armée française, ceux qui se cachent derrière les attaques cybernétiques « susceptibles de compromettre l’autonomie de décision, la sécurité et le succès de nos opérations », rappelle Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense en préambule du premier colloque Cyberdéfense qui se tient aujourd’hui même à Paris.

Combat numérique

Cette manifestation sous-titrée « Un combat numérique au cœur des opérations » réunit une vingtaine de délégations étrangères (pays du Maghreb et du Golfe, OTAN, UE) ainsi qu’une quinzaine de grands industriels. Ces derniers participent à la création d’un pôle d’excellence « Cyber », en relation avec la région Bretagne. La « cyberdéfense », décrite par beaucoup et par Jean-Yves Le Drian lui-même comme la « quatrième armée », après la Marine, celles de Terre et de l’Air, constitue l’un des grands chantiers actuels.

« Un milliard d’euros d’investissement et le recrutement d’un millier de personnes dans ce domaine ont été inscrits dans la loi de programmation militaire », appuie-t-on au ministère de la Défense. Désormais, la « cyber » impacte la façon de conduire les opérations militaires : elle doit aider à comprendre la menace, tout en identifiant et organisant les moyens de se protéger.

Mener aussi des attaques

En 2014, le ministère a recensé contre ses « empreintes » numériques 780 « incidents » -le terme attaque n’est volontairement pas employé-, et 350 depuis le début de l’année 2015. « Ces attaques cybernétiques ont notamment visé la DICOD (délégation à l’information et la communication de la Défense) à raison d’une attaque tous les quinze jours », précise le vice-amiral Arnaud Coustillière, propulsé en 2011, officier général « Cyberdéfense », « ils essaient de nous challenger, mais on se défend de mieux en mieux » Ce combat numérique implique aussi, reconnaît-on, de « mener soi-même des attaques », et d’associer à chaque OPEX (opération extérieure) un canevas de protection optimale. La France est en tout cas dans « le paquet de tête » des nations en pointe dans ce domaine, avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne, mais loin derrière les USA, la Russie et la Chine. Une cyberdéfense européenne n’est pas à l’ordre du jour, « car la matière est trop sensible ».

La cyber-guerre n’est plus la guerre du futur, mais celle d’aujourd’hui, comme l’ont encore prouvé récemment les attaques de hackers contre TV5 ou plusieurs sites de départements français. Le vice-amiral Coustillière l’affirme : « On ne peut pas gagner la guerre dans l’espace numérique, mais on peut la perdre ».