1826 (4em ed.),

COURS ÉLÉMENTAIRE DE DESSIN LINEAIRE.

Appliqué à l'enseignement mutuel et a l'enseignement simultané. d’après les principes de Pestalozzi.

-voir le « journal d'Education »

L'enfant naturellement curieux et observateur, veut voir , connaître , analyser; il faut, autant qu'il est possible, favoriser , cet esprit d'observation. Il apporte en naissant le germe de ce qu'il doit être un jour: il a une sensibilité, une intelligence et une volonté qui ne demandent, ainsi que ses forces physiques, qu'à s'exercer et à se déployer librement' c'est donc à nous de le diriger dans l'usage de ses facultés, dont le développement et l'objet spécial de l'éducation , ou plutôt l'éducation même: les arts et les sciences, par lesquels s'opère ce développement, ne doivent être considérés que comme des moyens accessoire (1).

Tel est, en peu de mots , le principe fondamental de la méthode d'éducation de PESTALOZZI, qui cherche moins à introduire de connaissances dans la tête de son élève, qu'à aider, à suivre, à favoriser , au moyen de ces connaissances mêmes, le développement de ce qu'il y trouve.

La marche qu'il suit dans l'éducation est essentiellement analytique et progressive. cette méthode, recommandée depuis longtemps par de vrais amis de l'enfance, est particulièrement applicable à l'art du dessin, dont les premières leçons peuvent être, pour ainsi dire, reçues au sortir du berceau , avec celles du langage.

La mère, qui est la première et là meilleure institutrice de son enfant, doit donc profiter de la tendance de son esprit vers l'observation, et de se facultés vers le développement,pour lui présenter de bonne heure et graduellement des objets dont les formes soient simples, régulières, et surtout faciles à se fixer dans la mémoire, afin de l'habituer à les observer, à les analyser, à se les rappeler , et à les comparer avec celles qui manquent de régularité, Nous ne pouvons nous dissimuler qu'il y a peu de mères qui puissent remplir des soins de cette nature , tant d'autres étant l'objet de leur touchante sollicitude; mais aussi nous sommes persuadés que cette même sollicitude pour le bien-être de leurs enfants ne peut que les porter à accueillir favorablement ou à pratiquer une méthode si convenable au développement de leur intelligence.

Si l'enfant est très-jeune, ce ne sont point les formes qu'il remarque d'abord dans les objets : la lumière est la première chose qui agit sur son œil; la couleur est la première modification qu'il observe: suivons-le rapidement dans la série de ses sensations, et la nature nous apprendra comment nous devons le diriger dans l'art important d'observer.

Cet enfant dont l'œil n'est pas encore formé, qui tous les jours apprend à voir, ne remarque d'abord que les couleurs les plus vives, les plus saillantes; il ne voit avec plaisir que celles dont le rapprochement forme un contraste frappant : toute dégradation de couleur n'éveille point encore son attention.

Mais peu à peu son œil s'habitue à voir, à saisir, à distinguer les teintes les plus délicates, ainsi que les nuances des mêmes couleurs.

J'ai vu de jeunes enfants (de 3 à 4 ans) distinguer et nommer toute espèce «le couleur, en classer toutes les nuances selon leur exacte dégradation, les appareiller, les assortir, juger même celles qui ne s'allient pas bien ensemble; c'est que leur esprit d'observation avait été convenablement dirigé vers ce but : cette première étude du dessin ne présente pas plus de difficulté que celle du langage.

Ainsi, dès l'âge de deux ans, l'enfant peut apprendre, entre autres Choses, à distinguer, à pommer et à classer les couleurs, exercice qui l'intéresse beaucoup, et qui peut servir de point de départ pour la formation de son jugement et de son goût. Il est inutile de dire que cette première instruction appartient tout à la mère.

Après les couleurs, ce sont les formes des objets qui fixent l'attention de l'enfant; comme dans les premières, il ne distingue d'abord que les plus prononcées, les plus frappantes; il n'en saisit que graduellement les diverses transitions. Dans l'étude des formes et des dimensions, son instruction est plus longue, parce. qu'elle dépend en grande partie du perfectionnement du coup d'œil, qui, pour se former, a souvent besoin du secours de la main, organe qui vérifie et rectifie celui de la vue.

L'enfant à l'observation duquel on a présenté des couleurs et des formes graduellement variées, dès l'âge de 3 à 4 ans, les connaît; les distingue et les apprécie : accoutumé à observer les corps, à les analyser sous les rapports de leurs modifications de couleurs, de dimensions et de formes, il a déjà fait des progrès réels dans l'art du dessin. C'est ainsi que, sans le fatiguer, sans l'ennuyer, on développe en lui tous les germes de l'art, on forme son coup d'œil et son goût , on exerce enfin son jugement, ce qui est bien plus précieux encore.

Quelques personnes regarderont sans doute cette première instruction comme chimérique ou comme inexécutable; mais je les prie d'observer que je me propose moins d'enseigner le dessin à l'enfant que de développer son ,intelligence? qui peut's'exercer aussi bien sur les couleurs et les formes des objets, que sur les combinaisons et les rapports des mots ou des nombres. J'ai d'ailleurs quelque expérience qui prouve .en faveur de ma théorie, que j'exposerai d'une manière plus complète et plus satisfaisante ,

dans un ouvrage que je compte bientôt publier sous le titre d'Études de la première enfance) dédiées aux mères. J'ai cru devoir en parler dans celui-ci pour donner une idée de l'ensemble des études élémentaires relatives au dessin; cette première partie n'y est qu'accessoire, et je suis loin de prétendre qu'elle soit indispensable pour suivre ce dont le but est de préparer les enfants de toutes les classes à recevoir avec fruit des leçons dans un genre quelconque de dessin, et de faciliter l'étude des sciences à ceux d'entre eux qui y sont appelés.

Ces exercices sur les couIeurs et sur les formes peuvent se prolonger jusqu'à l'Age de 5' à 6 ans, attendu que l'esprit d'observation de l'enfant doit, d'après les mêmes principes, être dirigé vers d'autres objets d'instruction, comme le langage, la lecture, le chant, le calcul et quelques parties de l'histoire naturelle, qui seront traités dans l'ouvrage que je viens d'annoncer.

Dès l'âge de 6 ans, l'enfant, dont le coup d'œil et le goût se sont en quelque sorte formés, pourrait commencer à dessiner, à imiter, d'abord partiellement puis, entièrement, les objets les plus simples qu'on lui a mis sous les yeux; mais il n'a pas encore assez de force, assez de sûreté dans la main : il faut donc, pour ne point ralentir ses progrès, car il en fait de véritables qui ne tarderont pas à se manifester; il faut, dis-je, continuer d'exercer sa faculté d'observer et de juger, en copiant ou en faisant copier devant lui, au simple trait, des objets ou des figures dont les formes ne soient pas trop compliquées, et en lui donnant ensuite la copie à comparer avec l'original, moyen très-ingénieux, proposé par madame de Genlis, dans sa Nouvelle Méthode d'Enseignement, mais auquel il est bon de renoncer dès que l'enfant, parvenu à l'âge de 7 à 8 ans, est en état de dessiner lui-même.

Mais madame de Genlis s'éloigne de la route que nous trace la nature, lorsqu'elle fait d'abord dessiner des yeux, des nez, des bouches et des oreilles, dans différentes positions; on doit commencer par le dessin linéaire ou géométrique, ou dessiner quelquefois d'après nature, soit quelques figures géométriques en carton ou en bois, soit certains ornements ou des objets usuels

d'une forme facile à saisir, tels que des étoiles, des rosaces, des feuilles, des fruits, des ustensiles, etc., comme le recommande Barruel dans son excellent ouvrage sur l'éducation nationale, ainsi que d'autres bons esprits qui n'ont pas dédaigné de s'occuper de l'instruction de l'enfance.

Tischbein, peintre allemand, si avantageusement connu par ses figures d'Homère (1), commençait l'instruction de ses élèves par de simples traits. Au lieu de leur faire dessiner un œil, un nez, etc., il leur apprenait la tracer une ligne droite d'une longueur et dans une direction données, à tirer des lignes parallèles, à abaisser une perpendiculaire sur une ligne horizontale, à décrire l'arc d'un cercle avec sa sous-tendante; il leur faisait ensuite diviser en parties égales une ligne donnée, dont ils estimaient la longueur en pieds ou en pouces, et il leur en donnait enfin la tirer dans une longueur prescrite: il en était de même des angles, des cercles et d'autres figures géométriques. Quiconque, disait-il, .peut tracer sans instrument une figure de géométrie, estimer la longueur des lignes, la grandeur des angles, ne rencontrera guère de difficultés pour dessiner exactement les contours

d'un objet quelconque, puisque les détails mêmes d'une tête d'homme forment entr'eux des angles.

Tischbein, ayant ainsi préparé ses élèves, les faisait dessiner aussitôt d'après nature, en leur donnant pour modèles des objets très simples, tels qu'une pierre. une feuille, un fruit, un vase, etc., et ne leur mettait sous les yeux des dessins de bons maîtres qu'après les avoir ainsi exercés pendant quelque temps. Il a formé par ce moyen de très-bons élèves, parmi lesquels on distingue M. Roentgen, directeur de l'atelier des peintres de la manufacture royale de porcelaine à Berlin.

 

Telle est, à peu de chose près , la méthode suivie dans l'institut de PEsTALOZZI, et qui, pour ainsi dire, y a pris naissance,

et s'y est graduellement perfectionnée. C'est la marche la plus simple, la marche que nous indique la nature, la plus proportionnée aux facultés et aux besoins de l'élève. PESTALOZZI doit-il sa méthode à Tiscbbein ou à tout autre? Non, c'est le fruit de

sa tendre sollicitude pour l'instruction de l'enfance : il n'a interrogé que la nature, et la nature seule lui a répondu. C'est ainsi que, dans différentes branches d'instruction, il s'est souvent rencontré avec des philosophes amis de l'enfance, qui, comme lui,

n'ont cherché que la vérité (1).

«La vérité et la raison, dit Montaigne, sont communes à un chascun, et ne sont non plus à qui les a' dictes premièrement, qu'à qui les dict après : ce n'est non plus selon Platon que selon moi, puisque luy et moy oous l'entendons de mesme. »
« Nous savons, dit Lemare, qui cite ce passage de Montaigne, qne les Pestalozziens o'ont qu'un livre où ils tisent toujours, où ils prennent tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils disent: ce livre, c'est celui de la nature. »

Après avoir. long-temps étudié le dessin à Paris, j'ai suivi à l'Institut-Pestalozzi le cours élémentaire de :

  • M. Ramsauer, un des meilleurs élèves de la méthode, aujourd'hui directeur d'un institut royal d'éducation à Stuttgard ;

  • M. Schreiner, élève non moins distingué, fondateur d'un Institut-Pestalozzien près de Colmar, qu'il dirige avec succès, a fait avec moi une traduction littérale de ce cours que M. Ramsauer a écrit en allemand pour l'empèreur de Russie. le l'ai revu avec soin, et j'en ai fait un nouveau tra-vail que j'ai, dans cette nouvelle édition, considérablement modifié, sans m'écarter néanmoins des principes de la méthode.

Plusieurs artistes m'ont secondé dans cette entreprise. le ne me permets de nommer que M. Hocquart, qui s'est associé à mon travail, et M. Cloquet, qui, depuis plus de vingt ans, enseigne avec succès d'après une méthode analogue. Le cours complet élémentaire se divise en un certain nombre de degrés où l'on suit la plus exacte gradation.

Le Premier degré

il comprend la direction bien· entendue de l'esprit observateur de l'enfant vers les couleurs et les formes des objets, ou le point de départ du développement progressif de son jugement et de son coup d'œil, est tout entier du ressort de la mère.

Le Deuxième degré

il consiste à faire sous les eux de l'enfant une copie d'une figure très simple, telle qu'un angle, un losange, un objet usuel dont la forme soit régulière et facile à saisir, et à lui fàire ensuite juger par la comparaison avec le modèle; cet exercice tend esentiellement à former le jugement et le goût, déjà développés par ceux du premier degré.

Ce deuxième degré comprend les exercices suivans:

  1. Des lignes isolées. Jugées sous le rapport de la longueur.

  2. Des lignes isolées jugées sous le rapport de la direction.

  3. Des lignes réunies présentant des figures rectilignes géométriques.

  4. Estimation de la longueur des lignes.

Le troisième degré

Ce n'est qu'au Troisième DEGRÉ que les élèves commencent à dessiner d'après un modèle. Ce degré comprend trois exercices :

  1. Dans le premier, les élèves d'une division, ensemble, partiellement ou tour à tour, selon la grandeur. la disposition et le mobilier de la classe, tracent en grand sur le tableau, dans une direction déterminée, et d'après une ligne modèle donnée par le maître, des lignes droites, qui sont : obliques, verticales, horizontales, rayonnantes.

  2. Le deuxième exercice consiste à tracer les mêmes lignes, mais interrompues dans un nombre de parties et dans un temps presrit.

Le quatrième degré

Dans le quatrième degré, on a spécialement pour but la formation du coup d'œil.

Ce degré comprend trois exercices.

  1. Dans le premier, le maître ou le moniteur tire dès lignes droites de longueur et de direction différentes, qu'il 'divise ensuite en deux parties plus ou moins inégales, et dont chacune est désignée par un chiffre. Les élèves indiquent sur leurs ardoises, par ce même chiffre, celui des deux côtés qu'ils trouvent le plus grand; et l'on continue cet exercicce en diminuant insensiblement l'inégalité des parties jusqu'à ce qu'il n'y ai aucune différence entre elles. On divise ensuite les lignes en 3,4, et 6 parties dont les élèves jugent de même la proportion.
    C'est ensuite les élèves qui font eux-mêmes ces différentes divisions, et presque toujours avec succès ; s'ils ne peuvent tous opérer ensemble, on en laisse une partie juger le travail de l'autre.
    C'est aussi dans cet exercice qu'ils apprénnet à diviser en parties égales l'espace compris entre deux lignes données.

  2. Le deuxième exercice consiste à faire tirer par chacun des élèves une ligne droite verticale, ou oblique, ou horizontale passant par un point donné, et aboutissant à une autre point donné ; ces lignes sont d'abord isolées, puis parallèles.

  3. C'est dans le troisième exercice, lorsque l’œil et la main sont formés, que l'élève :

  • abaisse, sur une ligne qu'il a divisée en deux parties égales, une perpendiculaire d'une longueur déterminée par rapport à la ligne horizontale ;

  • qu'il prolonge cette perpendiculaire ;

  • qu'il joint par des droites les extrémités de ces lignes ;

  • qu'il parvient enfin à tracer la plupart des figures rectilignes ou géométriques, telles que des angles de toute espèce, des triangles, des carrés, des losanges, des pyramides, des polygones.

Le Cinquième degré.

Arrivés a cinquième degré, les élèves, suffisamment et convenablement préparés, dessinent quelqlues figures d'ornements, mais toutes rectilignes. Des dessins de parquets, des étoiles, des ornements de placage, de serrurerie, d'orfevrerie, des aperçus d'architecture, etc.

Ces différentes fugures sont faites :

  1. Dans une proportion indéterminée, mais plus grande que le modèle tracé sur la planche noirs ;

  2. Dans une proportion égale à celle du modèle ;

  3. Dans une proportion déterminée plus grande que le modèle ;

C'est à présent que l'élève qui a une certaine masse d'idées acquises, peut être livré à lui-même, et composer quelques figures analogues ou différentes, avec un certain nombre de lignes droites, mais ces figures rectilignes sont très-bornées.

Le sixième degrés

L'élève peut être livré à lui même, et composer quelques figures analogues ou différentes, avec des figures mixtes.

Ces six premiers degrés de l'enseignement élémentaire du dessin, qui se terminent par la formation des figures rectilignes, donnent une idée assez complète de la suite du Cours, où d'après les mêmes principes d'analyse et de gradation, les élèves dessinent des figures curvilignes, des mixtes de toute espèce, et finissent par en composer eux-mêmes.

La plupart des figures qu'on leur donne pour modèle et dont le choix est fait par des artistes d'un grand mérite, excitent en eux le sentiment du beau, par leurs formes nobles et gracieuses, quoique simples.

  • Les figures curvilignes se composent principalement d'écussons, de fers de lance, de quelques feuilles, de fruits, de fleurs, de boucliers, de casques, de vases, de rosaces, etc.

  • Les figures mixtes, qui sont les plus nombreuses, représentent des objets variés d'histoire naturelle, des ustensiles, des instrumens, des arts et métiers, des vases, des tombres, des aperçus d'architecture, etc.

Ce cours est terminé par des éléments de perspctive linéaire, mis, pour ainsi dire, à la portée des enfans. Le succès de cet ouvrage a surpassé notre attente, et cette seconde édition présent des améliorations considérables que l'expérience nous a fait juger nécessaires.

«l'élève ainsi formé, dit M. Jullien, dans son esprit de la méthode de Pestalozzi, acquiert un sentiment intime des convenances et des propotions ; il réunit les vues de détail à celle d'ensemble… Ce qu'il pratique est le résultat d'une connaissance réfléchie et raisonnée ; ce qu'il sait à fond, par suite d'une longue étude bien dirigée, il le pratique et ille fait : tout son savoir en action, toute son action repose sur sa science.»

Nous pouvons donc déterminer de la manière suivante le caractère distinctif de l'enseignement du dessin. Le dessin est traité comme une science fondamentale et comme un art pratique préparatoire pour l'industrie et pour tous les arts et métiers, propre à former tous les sens, et surtout le jugement et le goût, au lieu d'être compris seulement parmi les beaux arts, et considéré comme un objet accessoire de luxe et d'agrément dans l'éducation.

La méthode ne se contente pas d'apprendre aux élèves à copier, par un travail d'imitation mécanique et servile, des dessins placés sous leurs yeux ;

mais elle veut surtout développer dans l'enfance, outre la faculté d'observer et de juger, la disposition à pouvoir saisir, apprécier, reproduire la beauté des formes et des proportions dans les objets, le sentiment du beau et du goût et le talent de créer, ou la faculté créatrice qui est inhérente à la nature de l'homme.

C'est sous ce dernier rapport que la méthode prévient l'inconvénient qu'on avait paru craindre, que la rectitude rigoureuse, donnée de bonne heure à l'esprit part des opérations géométriques, pouvait dessécher et flétrir l'imagination.

M. Le chavalier de Brunel, dans son excellent ouvrage sur l'art du dessin chez les Grecs, répond victorieusement à la même objection ; je regrette de ne pouvoir citer ici ce qu'il dit à ce sujet. La méthode élémentaire de dessin que propose cet ami des arts et de l'humanité, a beaucoup d'analogie avec celle de Pestalozzi ; son ouvrage présente des vues neuves, philanthropiques et du plus grand intérêt.

C'est le même amour pour ma patrie, c'est la même philantropie qui me dirigent et me soutiennent dans la pénible mais glorieuse carrière à laquells je me suis voué tout entier : j'aime l'enfance ; et je veux vivre avec elle et pour elle. Présenter aux enfans les éléments des sciences sous une forme moins aride, développer leurs moyens en les accoutumant à faire continuellement usage de la raison et de leur jugement, leur faire aimer l'étude par ses propsres charmes, et la vérité par le plaisir qu'ils trouvent à la découvrir eux-mêmes ; enfin, éclairer leur esprit en formant leur coeur : tel sera le but où tendront tous mes efforts. Je n'ose pas me flatter d'y atteindre, mais l'idée d'en avoir approché sera bien douce pour moi ; c'est la seule récompense que j'attende, la seule gloire que j'ambitionne. D'autres m'ont précédé dans cette noble carrière, et je me ferais toujours un devoir de leur payer un juste tribut de reconnaissance ; je désire marcher sur leurs traces ; j'ai l'espoir d'ajouter quelque chose d'utile aux résulats de leurs travaux ; j'ai la conscience de le pouvoir,e t la volonté de le faire.

A. Boniface.