Enfance, compétences émotionnelles

Les colères de votre enfant mettent souvent votre patience à rude épreuve ! Nos conseils pour apaiser et limiter ses crises. Et apprendre à votre petit à exprimer autrement ses émotions négatives… Explications et conseils d’Isabelle Filliozat, psychologue.

La colère, c'est normal !

Faire des colères n'est pas le propre d'un enfant mal élevé ou perturbé : tous les enfants connaissent ces tempêtes. Elles surviennent quand ils sont débordés par une émotion négative et n'ont pas réussi à la dire ou n'ont pas été entendus. 

Un exemple ? Vous vous occupez de son petit frère à un moment où votre aîné voudrait jouer aux dominos avec vous. Il se sent frustré, commence à bougonnerdans son coin, à verser quelques larmes. Puis très vite, parce que vous ne pouvez pas laisser le bébé en plan pour accourir vers votre enfant mécontent, safrustration et son mécontentementprennent le dessus : surviennent alors lescris, les sanglots, parfois même les coups de pieds

À vous de lui apprendre, petit à petit, à stopper la machine avant d'en arriver à cette étape… Car le souci, ce n'est pas d'être en colère, déçu, blessé ou vexémais de se laisser happer par sa propreviolence intérieure.

Des mots, des gestes pour le calmer

Inutile de lui intimer l'ordre de se calmerquand il est en pleine crise : votre enfant ne maîtrise pas la vague qui le submerge. Hausser le ton ne serait pas efficace. Lui donner une fessée encore moins, cela pourrait vous donner l'impression de l'avoir calmé, mais en réalité, il serait seulementfigé, tétanisé. 

Alors que faire ? Mettre des mots sur le remue-ménage intérieur qu'il éprouve et ne comprend pas. “Tu es furieux parce que je m'occupe de ton petit frère alors que tu voudrais que je joue avec toi, c'est vrai, c'est énervant.” Et aussi le contenir physiquement en le prenant dans vos bras, avec tendresse mais fermeté : “Je ne peux pas te laisser te faire mal ou me faire mal.”

Ainsi, au fil du temps, il apprendra à identifier lui-même son énervement quand il commence à poindre et à l'exprimer par la parole plutôt que de le laisser monter. Il assimilera aussi le fait qu'avoir recours à la violence n'est pas possible, pas admissible.

 

Des histoires pour dépasser ses colères

L'objectif, bien sûr, est qu'à terme il aille de moins en moins souvent jusqu'au stade de la crise. Pour cela, les parents ont un rôle important à jouer : en étantparticulièrement attentifs à ce qu'il vit et ressent au quotidien, ils pourront l'aider à mieux comprendre ses émotions, lui transmettre le vocabulaire nécessaire pour les verbaliser, l'inviter à dire ce qui ne va pas. “Je vois que tu n'es pas content, dis-moi pourquoi au lieu de pleurer.”

Lui lire des livres, lui raconter des histoires, voilà aussi un excellent moyen pour lui permettre de mieux se connaître, sefamiliariser avec ses émotions. La fiction peut également le conduire à vivre des colères “par procuration” à travers les personnages auxquels il s'identifie, à se défouler dans son imaginaire et non dans le passage à l'acte.

Plein air et relaxation : excellents antidotes

Plus un enfant a des occasions de bouger, de mobiliser son corps et d'évacuer les tensions accumulées au cours de la journée, moins les risques sont grands qu'une petite contrariété ne dégénère en grosse colère ! 

Si vous en avez la possibilité, n'hésitez pas à l'emmener une petite demi-heure au square avant de rentrer à la maison pour courir, grimper, crier. Ou pourquoi pas, organisez avec lui une bataille de coussins. Apprenez-lui aussi à se détendre par la respiration : couchez-vous avec lui sur un tapis et respirez par le ventre en écoutant une musique douce.

Des tempêtes, il n’y a pas que lui qui en connaît !

À vous aussi, il peut vous arriver de céder à la colère et de vous énerver devant votre enfant. Assister ainsi à la perte de contrôle d'un adulte est toujours impressionnant pour lui : c'est un repère important de son environnement qui vacille. Ne faites donc pas comme s'il ne s'était rien passé… 

Faut-il vous excuser ? Contrairement à ce que l'on croit souvent, ce n'est pas le plus important. Mieux vaut le questionner pour savoir ce qu'il a ressenti. “Qu'est-ce que tu t'es dit dans ta tête quand tu m'as vu en colère ?” Ainsi, si votre enfant vous répond : “J'ai cru que tu ne m'aimais plus”, vous pourrez immédiatement le rassurer

Faute de cette écoute attentive, il risque de garder en lui cette crainte qui ne le quittera pas, même si son parent s'excuse mille fois !

 

Enfants-04-Le sommeil

Beaucoup d’enfants de moins de 5 ans ont des difficultés à s’endormir ou réveillent leurs parents. Plus tard, à l’adolescence, les nuits trop courtes augmentent les risques d’échec scolaire. Des tout-petits aux ados, des méthodes existent pourtant pour leur apprendre à organiser correctement, et de manière autonome, leur sommeil. Nos conseils.

Le sommeil, premier motif de consultation chez le pédiatre
 

Qu'ils aient 6 mois ou 16 ans, le sommeil des enfants préoccupe leurs parents. Il constitue le premier motif de consultation chez le pédiatre. Pour autant, le sujet reste encore trop souvent occulté. Les parents n'osent pas toujours en parler spontanément, reconnaître qu'ils rencontrent des problèmes dans ce domaine.

Le rituel du coucher

L'enfant a besoin néanmoins qu'on lui propose – ou qu'on lui impose – un certain nombre de règles pour qu'il puisse organiser son sommeil au mieux et de façon autonome : éviter le soir les activités qui l'excitent, instituer un rituel de coucher (une histoire, un câlin…), mais ne pas intervenir dès qu'il se réveille, etc.

“Or, constate le docteur Sylvie Royant-Parola, les parents ne savent pas toujours quand arrêter ce rituel, car ils peuvent avoir du mal eux aussi à se séparer de leur enfant, se sentir angoissés ou coupables d'être rentrés trop tard ; ils risquent alors d'entrer dans un engrenage dont ils auront du mal à sortir. D'autres facteurs peuvent interférer : on peut avoir envie de privilégier la vie familiale ou au contraire se préserver des moments à deux.

“Maintenant, tu te couches !”

Quand plusieurs enfants d'âges différents dorment dans la même chambre, on va devoir faire des compromis. Mais les parents souvent ont du mal à exercer leur autorité, n'arrivent pas à dire à leur enfant : ‘Maintenant, tu te couches’, ou s'imaginent que l'enfant va aller au lit de lui-même quand il aura sommeil.


Or, ce sont les parents qui restent les ‘donneurs de temps’ et il est important de maintenir des habitudes régulières, qui doivent être prises le plus tôt possible.”

 

Le 3 mars 2014 Christine Legrand - La Croix, Parents & enfants 

 

Comment aider son enfant à bien dormir ?

Des tout-petits aux adolescents, des méthodes existent pour apprendre aux enfants à dormir correctement et de manière autonome. Les conseils du docteur Patricia Franco, pédiatre, responsable de l’unité de sommeil pédiatrique, à l’hôpital Mère-Enfant à Lyon.

Les difficultés d’endormissement des tout-petits

90 % des consultations pour troubles du sommeil concernent les enfants de moins de 5 ans (et la majorité ont autour de 2-3 ans) et les difficultés d'endormissement sont de loin la principale cause de consultation (70 %). Il s'agit souvent de troubles sans gravité, dus à des erreurs de “conditionnement”. Les parents restent à côté de l'enfant jusqu'à ce qu'il s'endorme, lui tiennent la main, etc. 

Au bout d'un cycle de sommeil (entre 60 et 90 minutes), l'enfant se réveille, appelle ses parents, qui recommencent… Ce phénomène peut durer des années et épuiser les parents.

Que faire si un jeune enfant dort mal ?

Il est souvent très facile de désamorcer ces problèmes de sommeil en expliquant aux parents que ces “micro-réveils”, au bout de chaque cycle, sont normaux, et qu'il ne faut surtout pas intervenir.


Après le rituel du coucher, l'enfant doit apprendre à s'endormir et à se rendormir seul. Une méthode simple, progressive, connue par la plupart des spécialistes et expliquée dans le DVD Sommeil de l'enfant et de l'adolescent, permet de résoudre ce type de problèmes en une semaine, dans 95 % des cas.
Consulter le DVD en ligne

Troubles “organiques”, cauchemars, somnambulisme…

Dans 30 % des cas, on trouve une cause organique à ces troubles du sommeil : problème digestif, ORL…

Les cauchemars (plutôt en fin de nuit), les terreurs nocturnes (surtout chez les 3-6 ans), le somnambulisme (plutôt chez les 6-12 ans), sont des troubles classiques, souvent génétiques, parfois transitoires. On peut y remédier souvent de façon simple, en connaissant leur fonctionnement, ou par une hygiène de vie adaptée. Ne pas hésiter à en parler à un médecin.

Le sommeil des pré-ados et des ados (10-18 ans)

Les pré-ados et les ados auraient besoin de 9 heures de sommeil par nuit. Or ils se lèvent tôt en semaine alors qu'ils ont tendance à s'endormir de plus en plus tard pour des raisons biologiques liées à la puberté (sécrétion de métaboline notamment), mais aussi pour des raisons de rythme de vie.

Bannir l'introduction d'écrans dans leur chambre, les aider à réorganiser leur journée : après le dîner, éliminer les stimulants (activités physiques, jeux vidéo…)

Ne pas les laisser se coucher trop tard le week-end. Ils risquent d'être décalés toute la semaine.

Leur expliquer que le sommeil est important pour leur santé, leur aspect physique (leur ligne, leur teint…), leur mémoire, leur concentration et leurs performances scolaires.

Le 3 mars 2014 Christine Legrand - La Croix, Parents & enfants

 

Pourquoi faut-il être attentif au sommeil de son enfant ?

Les troubles du sommeil qui ont des répercussions sur le développement de l'enfant et ses résultats scolaires ne doivent pas être négligés. Catherine Jousselme, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, et auteur deComment l'aider à bien dormir ?, répond à nos questions et nous explique pourquoi.

Que faire en cas de cauchemars, terreurs nocturnes, somnambulisme… ?

Il existe des petits troubles du sommeil, qui ne sont pas pathologiques, mais qui peuvent le devenir. Dans sa période de phase œdipienne, par exemple, il est courant que l'enfant ait peur du noir, fasse des cauchemars, appelle ses parents, etc. Mais si ces troubles durent ou s'intensifient, il faut s'en occuper. 

Même chose pour le somnambulisme : dans l'absolu, ce n'est pas pathologique, mais si l'enfant est épuisé le lendemain, il faut agir. 

Le sommeil peut être perturbé aussi à des moments de sa vie particuliers : à la naissance d'un petit frère, ou quand ses parents divorcent par exemple. Quels que soient ces troubles, quand un enfant d'âge scolaire se met à mal dormir, il faut aller consulter, car ces troubles peuvent en entraîner d'autres.

Que se passe-t-il à l’adolescence ?

Quand les enfants ont de vraies insomnies, il faut penser à ce qui pourrait être lié à une dépression. Mais leurs troubles plus fréquents sont les “retards de phase” : ils s'endorment de plus en plus tard, se réveillent de plus en plus tard. Il s'agit d'un phénomène à la fois physiologique et psychologique : les adolescents ont besoin d'indépendance.

Mais les parents doivent rester intransigeants sur ce point : il faut qu'ils aient un minimum de sommeil. Même si l'ado va dire souvent : “Mais non, je ne suis pas fatigué”, il faut tenir bon. Sans être trop intrusif, il faut s'enquérir de l'heure à laquelle ils dorment. Mais quand on lâche trop tôt, on est vite dépassé. Surtout si l'enfant a dans sa chambre une télévision, un ordinateur, une Game Boy, et que ses parents s'endorment avant lui.

Comment lui donner de bonnes habitudes ?

Tout enfant, dans son développement, a des moments où il a peur de s'endormir. S'il prend l'habitude, très jeune, de s'endormir avec des écrans, sans mettre en route ses propres processus auto-calmants, il risque d'enclencher un phénomène d'accoutumance (comme avec des médicaments) et de ne plus pouvoir s'endormir sans ces objets.


Il faut éviter aussi d'entrer dans ce cercle vicieux : moins on dort, moins on réussit à l'école, on est donc plus inquiet, et on dort encore moins bien.

 

Le 3 mars 2014 Catherine Jousselme - Propos recueillis par Christine Legrand, pour La Croix
Photo : Claro Alindogan-Thinkstock

 

Quand faut-il s’inquiéter des troubles du sommeil d’un bébé ?

Les troubles du sommeil d’un bébé peuvent, s’ils se répètent nuit après nuit, avoir des répercussions sur son développement et sur la vie de ses parents. Quand et pourquoi faut-il consulter ? Catherine Jousselme, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, et auteur de Comment l'aider… à bien dormir ?, répond à nos questions.

 

Les troubles du sommeil de l’enfant constituent la première cause de consultation chez le pédiatre. Pourquoi ?

Ils sont très fréquents, notamment chez les tout-petits. Et ils ont tendance à augmenter, car les bébés sont de plus en plus excités dans tous les domaines et les parents ont de plus en plus de mal à jouer leur rôle de “pare-excitation”, comme disait le pédiatre britannique Winnicot – le bébé n'étant pas capable par lui-même de gérer les excitations venues de l'extérieur. 

Nos grands-mères l'avaient compris, mais les parents d'aujourd'hui n'ont pas intégré l'idée que le bébé a besoin de répit : ils pensent qu'ils doivent tout partager avec leur enfant, et ils ont du mal à s'empêcher de changer de mode de vie ; le bébé est donc soumis à une surexcitation et à une hyperstimulation permanentes, qui ne sont pas propices à un bon sommeil.

On dit que l’enfant doit prendre l’habitude très tôt de s’endormir seul…

Oui, mais cela doit se faire progressivement. Certains pédiatres prônent même de laisser les premières semaines le bébé dans la chambre de ses parents. Et dans beaucoup de cultures, où le cosleeping est courant, les enfants n'ont pas pour autant de problèmes de sommeil. On ne doit pas passer brusquement de la fusion à l'indépendance. 

L'enfant a besoin de rituels d'endormissement qui le rendent progressivement autonome. Et si on n'accepte pas au départ d'être dépendant de lui et qu'on accélère le processus, l'enfant risque au contraire de ne pas être assez sécurisé ; ce qui peut avoir des répercussions sur son sommeil.

Quelle est la limite entre les troubles du sommeil “normaux” et ceux qui sont pathologiques ?

À partir du moment où un père ou une mère supporte mal la façon dont son enfant dort, en souffre, il faut s'en occuper, car c'est le signe qu'il y a une mauvaise adaptation du parent à son enfant, ou que l'entrée en parentalité se passe mal. 

Et on est vite pris dans un engrenage : quand un enfant ne dort pas, on est inquiet, et surtout on est vite épuisé, et l'enfant peut être alors perçu comme persécuteur. Il n'est pas bon de laisser ce type d'interactions s'installer. Elles peuvent provoquer de vraies pathologies du sommeil, de l'anxiété, voire de la maltraitance.

 

Le 3 mars 2014 Catherine Jousselme - Propos recueillis par Christine Legrand, pour La Croix
Photo : Claro Alindogan-Thinkstock

 

 

Les nuits des ados sont trop courtes

Les ados ont perdu en dix ans deux heures de sommeil par nuit. S’ils ont toujours eu un rythme différent de celui des adultes, l’écart s’est creusé avec le développement des nouvelles technologies. Le temps qu’ils y consacrent les empêche de dormir assez, entraînant fatigue et manque d’attention pouvant être à l'origine de décrochage scolaire.

Les ados dorment de moins en moins

Ce n'est pas à l'adolescence, période cruciale qui inquiète les spécialistes du sommeil, qu'on va pouvoir recadrer les jeunes, si on ne l'a pas fait avant. Les adolescents – et à un âge de plus en plus précoce – ont tendance à dormir de moins en moins (ils auraient perdu deux heures de sommeil par nuit en dix ans), et à se décaler de plus en plus dans le temps…

Et la situation se serait aggravée ces cinq dernières années. Raisons de ce phénomène ? Les adolescents ont spontanément un rythme de sommeil différent (un endormissement et un lever plus tardifs), lié aux hormones de la puberté ; ils ont toujours aimé vivre la nuit et se démarquer des adultes.

L’ordinateur plus stimulant que la télé

Mais le développement des nouvelles technologies aurait accentué cette tendance : on voit en effet de plus en plus de jeunes (parfois dès 10-12 ans) passer leur soirée dans leur chambre à téléphoner, écouter de la musique, discuter sur Facebook, ou jouer en réseau avec leurs copains.

“Ces objets sont plus stimulants que la télévision, les maintiennent éveillés plus longtemps, et décalent encore plus leur horloge interne. Ce qui est extrêmement dommageable pour l'ensemble de leurs rythmes biologiques”alerte le docteur Sylvie Royant-Parola.

Le manque de sommeil perturbe les performances scolaires

Cette privation de sommeil et cette désorganisation des rythmes ont aussi des conséquences sur leurs performances scolaires.

C'est ce que constate Armelle Nouis, proviseur du lycée professionnel Lazare-Ponticelli (Paris) : “On voit de plus en plus d'élèves qui s'endorment en classe, notamment à la première heure, et qui somnolent le reste de la journée. Certains décrochent même scolairement pour cette raison. Il est important de sensibiliser les élèves sur les méfaits de ces désordres sur leur santé, leurs performances physiques et intellectuelles, leur comportement (quand ils ont mal dormi, ils sont à cran, s'énervent plus facilement).” 

Et aider les parents à trouver des solutions, en expliquant aux uns et aux autres que le temps passé à dormir n'est pas du temps perdu.


Enfants-06-le goût de l’effort

On entend dire par les enseignants qu’il est de plus en plus difficile de demander des efforts aux enfants, ce qui ne simplifie pas les apprentissages. Comment expliquer leur attitude ? L’éducation des parents peut-elle, et doit-elle, y changer quelque chose ? Le point avec la psychanalyste Claude Halmos.

Est-ce indispensable de donner le goût de l’effort à nos enfants ?

 

Claude Halmos : “L'apprentissage de l'effort est absolument essentiel pour un enfant. Aucun apprentissage ne se fait sans effort. Il est très important de dire à l'enfant que personne n'échappe à l'effort, y compris les adultes. L'enfant, persuadé qu'un adulte sait tout, est à mille lieues d'imaginer que l'adulte aussi a dû faire l'effort d'apprendre. L'apprentissage de l'effort est d'autant plus essentiel aussi qu'à trois ou quatre ans, l'enfant est encore dans la pensée magique. 

À cet âge, il s'imagine qu'il suffit de penser à quelque chose très fort pour que son désir se réalise. Dans cette logique-là, à quoi bon faire des efforts ? Justement, faire des efforts montre à l'enfant que la vie n'est pas magique, et cet apprentissage va l'aider à passer de l'imaginaire au principe de réalité, et ainsi, à grandir.”

Mais l’effort, ça s’apprend ?

 

C. H. : “L'effort n'est pas inné. Personne n'aime l'effort et encore moins un enfant, qui est par essence dans le principe de plaisir et la satisfaction immédiate. L'effort s'apprend très jeune, dès deux ans et demi, au moment où l'enfant est ‘techniquement’ prêt pour l'apprentissage de l'autonomie (enfiler son manteau tout seul, mettre ses chaussures ou ranger ses jouets). Ensuite, à nous, ses parents, de l'encourager et de le soutenir dans cet apprentissage de l'autonomie qui va de pair avec l'apprentissage de l'effort.

Un enfant qui s'habille seul ou qui tient bien sa fourchette a réussi quelque chose et surtout, il s'est prouvé qu'il pouvait y arriver. L'effort est ainsi facteur d'estime de soi. Mais si l'enfant échoue, il ne faut pas hésiter à lui expliquer que ce n'est pas grave et que tout apprentissage se fait par une suite de paliers et d'échecs. L'important est ailleurs : il s'est donné un but et il a tout mis en œuvre pour y parvenir.”

 

La réussite ne s’obtient pas d’un coup de baguette magique !

 

Aujourd'hui de nombreux parents préfèrent agir à la place de leur enfant en croyant l'aider. C’est un piège, car c’est justement en lui expliquant les vertus de l'effort, que l'enfant deviendra autonome et apprendra à avoir confiance en lui.

 

Pourquoi est-ce parfois difficile de demander un effort à son enfant ?

Claude Halmos : “Certains parents pensent que demander un effort à leurs enfants, ce serait les rendre malheureux. Souvent, ils n'osent pas poser de limites. Pourtant, l'effort n'est qu'un désagrément provisoire qui, au bout du compte, ne rend pas les enfants malheureux, puisqu'il leur procure de nombreux bénéfices. Et même, une fois qu'ils ont compris, les enfants se mettent à aimer l'effort parce qu'il mène à la réussite qui rend fier de soi ! Je rencontre de nombreux enfants qui n'arrivent pas à s'intégrer à l'école – alors qu'ils en seraient capables – parce que leurs parents font tout à leur place. 

Mon travail est d'aider les parents à laisser les enfants agir seuls. Les enfants se rendent compte aussi qu'ils sont beaucoup plus capables qu'ils ne le pensaient. Et l'école ne leur semble plus une épreuve insurmontable. Je leur précise toujours que, même quand on est adulte, on doit travailler si on veut obtenir un résultat. Un enfant à qui l'on dit : “Le steak haché que tu as mangé à midi, tu crois qu'il a sonné à la porte et qu'il a sauté tout seul dans la poêle ?” comprend très bien que sa mère, si puissante soit-elle, n'a pas, elle non plus, de baguette magique…”

Comment convaincre les enfants que l’effort est indispensable ?

C. H. : “L'adulte doit d'abord justifier l'effort qu'il demande aux enfants. S'il se contente d'une explication vague du type : “Il faut faire des efforts, c'est comme ça”, l'enfant ne comprendra pas la nécessité de fournir un effort. Alors que si on lui explique clairement que l'effort est indispensable et qu'il y a du plaisir derrière, l'enfant y consent plus facilement.

On peut aussi lui donner des exemples concrets, comme celui des sportifs. Avant de marquer des buts, un footballeur a dû s'entraîner pendant des heures et rater beaucoup de tirs ! Avec cet exemple, l'enfant peut comprendre que faire un effort, c'est aussi apprendre le plaisir de bien faire, le plaisir de mieux faire et le plaisir de découvrir des plaisirs nouveaux : le plaisir de lire un livre, après des mois d'apprentissage de la lecture, le plaisir de jouer un air au piano, après l'effort des gammes… Ou tout simplement, quand l'enfant est plus petit, le plaisir –  et la fierté – d'avoir bien boutonné son manteau plutôt que tout de travers. L'adulte peut ainsi lui faire découvrir que l'effort est la clé du monde.

 

Le 6 janvier 2014 
Sophie Furlaud et Claude Halmos

Faire des efforts, c’est grandir !

Si un enfant croit encore que l’effort ne sert qu’à faire plaisir aux adultes, ou à obtenir une récompense, c’est qu’il n'a pas encore compris le vrai sens de l’effort. Les conseils de Claude Halmos pour lui donner le goût de la réussite et de la satisfaction personnelle.

 

Les enfants disent souvent faire des efforts “pour faire plaisir aux parents, à la maîtresse”. Comment réagir ?

Claude Halmos : “Je pense qu'il faut expliquer à l'enfant que lorsqu'on fournit un effort, ce n'est pas pour faire plaisir, mais pour soi, pour être grand dans sa tête. Sans compter que si l'enfant fait des efforts pour faire plaisir à ses parents, en cas d'échec, c'est très culpabilisant.”

Quand on leur parle d’effort, certains enfants répondent récompenses 

C. H. : “Il ne faut pas confondre apprentissage de l'effort et dressage. On ne peut pas convaincre un enfant de faire un effort en lui faisant miroiter une récompense. Un enfant doit faire un effort parce que l'effort fait partie de son travail d'enfant, c'est-à-dire aller à l'école et grandir. 

En ce sens, l'effort est l'aboutissement de son travail, comme le pain est celui du boulanger. La seule récompense valable et structurante, c'est la réussite – partielle dans un premier temps, puis totale – que l'effort permet d'obtenir.

Le témoignage d’une enseignante en maternelle à Paris

Stéphanie Grison : “Pour solliciter leur goût de l'effort, je travaille sur des situations pratiques comme mettre son manteau, se laver les mains correctement ou faire fonctionner une fermeture éclair… et je persiste jusqu'à la réussite. Je vois beaucoup d'enfants qui se contentent de l'approximation (les manteaux ne sont pas fermés, les mains ne sont pas bien lavées…) et on retrouve ce comportement chez certains enfants dans les apprentissages dits “scolaires”.

Je préfère donc leur donner un “travail” court qui sera correctement mené à terme et augmenter progressivement l'effort à fournir. Par exemple : une demi-série de boucles réussie en graphisme vaut mieux qu'une série entièrement bâclée.

Avant chaque activité, quand on explique la consigne, les enfants disent pourquoi ils ont envie de bien faire : pour montrer aux parents le soir, pour que ce soit accroché dans la classe, pour pouvoir le faire tout seul à la maison. Après chaque atelier, on se regroupe sur les bancs, et les enfants expliquent comment ils ont réussi l'activité demandée : “Je suis resté calme, j'ai pensé que mon travail devait être très beau pour qu'on le présente en grand groupe…” Les autres élèves comprennent que cette réussite n'est pas “tombée du ciel”, qu'elle a demandé un effort et une vraie volonté de réussir.”

 

Le 6 janvier 2014 
Sophie Furlaud et Claude Halmos


Enfants-Trouver son calme

Votre enfant ne tient pas en place, court, saute, s’énerve… Cette perpétuelle agitation n’est pas une fatalité. Nos conseils pour aider votre tout-petit à trouver le calme.

Les mots qui calment

Ma voisine Fanélie est mère de 4 enfants âgés de 2, 4, 7 et 9 ans. Quand l'un d'entre eux est irritable, ne tient pas en place et papillonne, elle y voit le plus souvent “un manque de sécurité intérieure, une difficulté à trouver sa place parmi nous six”. 

Dans ces cas-là, elle tâche de lui consacrer un temps d'attention exclusive : faire ensemble un gâteau, un jeu… et chercher à mettre des mots sur ce qu'il ressent : “Tu trouves peut-être que je ne passe pas beaucoup de temps avec toi ?” etc. 

En général, relate-t-elle, “je sens quand je touche le point sensible. Et les enfants savent très bien dire si l'on fait fausse route dans nos interprétations ! Quand je ne vois pas ce qui cloche et quand mon enfant ne sait pas me le dire, je passe beaucoup par le toucher : porter, câliner, faire un petit massage, comme pour l'ancrer dans le sol et lui dire : nous sommes là, tu peux compter sur nous.”

Les larmes qui calment

Depuis la sortie de l'école, rien ne va pour Solange, ma fille de 5 ans : les lacets sont mal noués, le goûter n'est pas bon, le passage piéton est trop loin. Donner la main ? Non ! Marcher toute seule ? Non ! Fermer son manteau ? Non ! 

L'énervement est contagieux : peu à peu, il gagne sa sœur, les copines et… la maman ! Comme si tout le monde s'attendait à ce que l'orage éclate. Ça ne manque pas. À peine la porte de la maison franchie, elle se laisse tomber par terre et se met à pleurer en donnant des coups de pied.

Il y a quelques années, la lecture de “Pleurs et colères des enfants et des bébés”, ouvrage controversé de la psychologue Aletha Solter, m'avait rappelé à quel point cela peut faire du bien de se laisser aller à sangloter. 

Je prends la boule de colère sur mes genoux en lui disant : “Tu peux pleurer, vas-y !” Elle tempête d'abord et se débat, puis, lentement, son corps lâche prise et les pleurs se font réguliers. Quel vacarme ! La patience est mise à rude épreuve car cela peut durer de longues minutes, voire un quart d'heure, une demi-heure. 

Je me concentre sur ses pleurs, je les écoute. Plus jeune, elle s'endormait parfois brusquement au milieu d'un sanglot. Maintenant, elle finit par s'arrêter, se redresse, apaisée, le sourire retrouvé. À la question “qu'est-ce qu'il y avait ?”, elle répond parfois, étonnée, qu'elle ne sait pas. Elle a raison ! 

Il arrive que l'on ne puisse pas décrypter nos émotions, mettre des mots dessus, les rationaliser. Pour aider son enfant à retrouver la paix intérieure, il faut alors explorer d'autres chemins.

 

Les pauses qui calment

Elisabeth Jouanne est professeur des écoles en petite section. Elle écrit, dans Pomme d'Api Parents, la rubrique “Petit Yoga”. Pour cela, elle s'inspire de son expérience quotidienne avec ses élèves. “Je commence dès le matin de la rentrée. On s'assoit tous en rond comme des petits Indiens, on attrape le soleil, on le pose contre notre cœur…”

Au travers d'exercices très imagés, que les enfants perçoivent comme des jeux, elle les rend attentifs à leur corps, à leurs sensations, à l'espace qui les entoure, aux autres, au moment présent. “Pour moi, le calme passe par l'introspection. Le calme, c'est la connaissance de soi.” 

Peu à peu, grâce à ces quelques minutes de relaxation journalière (un quart d'heure au total pour une journée de classe), ses élèves sont plus attentifs à ce qu'ils font et à ce qu'ils éprouvent, joyeux, avides d'apprendre et moins anxieux. 

A la maison, les parents d'élèves, ravis, surprennent leurs enfants à s'automasser, à s'étirer ou à respirer, lorsque l'excitation gagne un peu trop de terrain : “Je monte faire ma respiration de ventre dans ma chambre” a même déclaré un petit garçon énervé à ses parents ébahis. 

“Dans la vie actuelle, déplore Elisabeth Jouanne, tout le monde est tout le temps pressé, même les enfants : par les parents, par la cantine, par les activités… Le yoga leur apprend à faire la pause que l'on ne s'impose pas assez.”

Le souffle qui calme

 

Un drôle de livre est arrivé à la rédaction de Pomme d'Api Calme et attentif comme une grenouille. Deux adjectifs rarement attribués à la grenouille, qui bondit et qui coasse ! L'auteur, Eline Snel, une thérapeute néerlandaise, se sert pourtant de l'image de la grenouille, complètement immobile au bord de la mare, pour initier les enfants à la méditation. 

De façon claire et concrète, elle conseille aux parents de pratiquer avec leurs enfants la méditation de “pleine conscience” et détaille diverses méditations, en 10 parties consacrées chacune à un thème : orage en vue, gérer les émotions désagréables… 

Très séduisant, mais… je ne me vois pas “coacher” une méditation familiale. Heureusement, le livre est accompagné d'un CD qui contient “11 méditations guidées”. Pas de musique new age, ouf, mais la voix bienveillante de Sara Giraudeau, qui tutoie son auditeur, l'enfant, et ménage de longs silences.

Incroyable, au bout de 3 minutes, mes deux filles sont comme endormies. La première plage terminée, elles demandent à écouter la suivante. Mains sur le ventre, elles se concentrent sur leur respiration. 

Leurs parents, perplexes, les imitent, tout en pensant que les adultes ont bien plus de chemin à faire que les petits : qu'il est difficile de ne pas se laisser emporter ailleurs par le flot de pensées, de soucis, de choses à faire !

 

La présence qui calme

C'est bien là le point clé : réussir à accorder à ses enfants notre entière attention, sans avoir l'esprit ailleurs. Combien de fois les entend-on nous rappeler à l'ordre : “Tu ne m'écoutes pas !”, combien de fois se surprend-on à s'énerver : “Allez, dépêche-toi, c'est à ton tour de lancer le dé !”, en pensant à l'heure qui tourne. 

Il est normal de ne pas être tout le temps disponible pour ses enfants. Mais leur agitation est le reflet d'un manque de sécurité intérieure : l'esprit est préoccupé. Par le sentiment d'être un peu seul, par quelque chose qui s'est passé, ou quelque chose qui va venir et que l'on appréhende, et empêche l'enfant de se poser. 

“L'enfant qui sent que son père ou sa mère est vraiment présent, à l'écoute de ce qu'il vit, de ce qu'il ressent, se sent sécurisé et serein, explique la psychologue Émilie Moreau-Cervera. Il accepte ensuite avec tranquillité les moments inévitables et fréquents où l'on n'est pas disponible.”

Lire un album ensemble, revenir sur la journée qui s'est écoulée, partager un moment d'intériorité… ça calme tout le monde.

Le bénéfice du calme

Être calme, c'est avoir une belle présence à ce qui se passe ici et maintenant, à contre-courant du torrent de sollicitations dans lequel nous baigne notre société. Une société où tout est fait pour nous déconcentrer. 

Être calme, c'est savoir se concentrer quand il le faut. Cela ne sert pas que pour les apprentissages scolaires mais aussi pour tout le reste ! Se concentrer sur un jeu de société, se concentrer pour tirer dans le ballon, pour réussir à grimper jusqu'en haut de la cage à écureuils, se concentrer pour écouter une histoire ou savourer son repas, pour vivre vraiment. 

Accorder à ses enfants le bénéfice du calme, c'est un beau cadeau à leur faire.

 

 

 

Le 8 février 2013 Anne Bideault, supplément Parents du magazine Pomme d'Api, mars 2013. Illustrations : Pascal Lemaître


Enfant-03-Cauchemars

Mauvais rêves, cauchemars… en ce moment, les nuits de votre enfant ne sont pas de tout repos ! En sueur et en pleurs, il se réveille assailli par des monstres et araignées hideuses. Au cas par cas, les solutions de notre spécialiste, Estelle Nicoud, psychologue clinicienne.

Un cauchemar de temps en temps…

Il est tout à fait normal de cauchemarder ponctuellement. Tout comme le rêve, le cauchemar fait partie de l’activité onirique qui se déroule durant la phase de sommeil paradoxal. Tous deux ont des fonctions extrêmement utiles, celles de délivrer des messages de l’inconscient qui expriment les préoccupations, les angoisses et l’agressivité de votre enfant et de régler des conflits internes. Si le rêve, plus agréable, est le gardien du sommeil, le cauchemar, plus pénible à supporter, contraint généralement à se réveiller. 


Ce qu’il faut faire. Evitez de vous montrer exaspérée parce qu’il trouble votre sommeil. Rassurez-le et montrez-lui que vous le prenez au sérieux. Demandez-lui de vous raconter son cauchemar.


Ce qu’il faut lui dire. « Tu as fait un mauvais rêve, mais rassure-toi, tout va bien. Aucun monstre ne peut te faire de mal, je suis là. »
 

Des visions très effrayantes !

Le sommeil de votre enfant n’est pas seulement contrarié par cet empêcheur de dormir profond. Il est hanté par des images terrifiantes et parfois très violentes. C’est normal, le cauchemar est un rêve à forte charge anxieuse. Eléments et contrariétés de la vie quotidienne y sont transformés. Ainsi, le maître, lui ayant fait dans la journée quelques remontrances qui l’auront chagriné, pourra éventuellement se transformer en un dragon assoiffé de sang !


Ce qu’il faut faire. Respectez son angoisse. Les monstres non identifiés qu’il a dans la tête sont bel et bien réels pour lui, alors ne les niez pas. Nul besoin pour autant de chercher à le décortiquer et de vous précipiter chez le psy.


Ce qu’il faut lui dire. « Tu veux bien me le raconter. Ça m’intéresse de savoir ce qui a bien pu t’effrayer et te mettre dans cet état. »
 

Des mauvais rêves un peu trop souvent

Parfois, les cauchemars ont tendance à se répéter sur une longue durée. Ils sont le signe d’une grosse angoisse, d’un blocage qui n’arrive pas à passer. Ils s’accompagnent souvent de changements de comportement. Si votre enfant appréhende l’arrivée de la nuit et retarde le moment du coucher, c’est qu’il lance des signes d’appel qu’il ne faut pas minimiser. 


Ce qu’il faut faire. Aidez-le à dénouer ce gros nœud qui lui empoisonne la vie : prenez rendez-vous avec un psychologue.


Ce qu’il faut lui dire. « Si tu es d’accord, nous irons voir quelqu’un qui va t’aider à comprendre ce qui t’inquiète et t’empêche de passer de bonnes nuits. » 

« Du jour au lendemain, ma fille s’est mise à faire des cauchemars régulièrement. Au début, je ne me suis pas inquiétée. Le phénomène s’installait. Pire, Gina angoissait au moment d’aller se coucher et se réveillait totalement terrorisée. J’ai décidé de l’emmener consulter un psy. Ses cauchemars étaient liés à une angoisse due à une fausse couche que j’avais faite très précocement. Depuis, son petit frère était né. J’étais à mille lieux d’imaginer que cet épisode que je pensais anecdotique avait autant affecté ma grande fille ! »  

 
Jeanne, maman de Gina, 8 ans.


Enfants-06-mon enfant se perd dans la foule ?

Marché, grande surface, gare… : un moment d’inattention dans ces lieux animés peut suffire pour perdre des yeux votre enfant ! Que faire quand cela arrive ? Et que lui dire quand vous le retrouvez ? Nos conseils.

Que ressent un enfant quand il se rend compte qu’il est perdu ? Et ses parents ?

De l'angoisse ! Du côté de l'enfant, elle sera d'autant plus forte qu'il sera noyé dans une foule dans laquelle il ne distinguera aucun visage connu. Certains enfants vont alors fondre en larmes ou hurler et ainsi attirer l'attention. D'autres au contraire ne disent rien et se mettent à chercher dans tous les sens. Il se peut alors que personne ne les remarque.

De leur côté, les parents ont une fulgurante montée d'adrénaline et leur esprit est immédiatement traversé de questions : mon enfant est-il parti seul ? A-t-il été récupéré ? Par où commencer à chercher ? On peut parler de véritable état de choc, devant lequel nous ne sommes pas tous égaux. 

La panique fait perdre les moyens de certains, tandis que d'autres ne se laissent pas déborder et parviennent à avoir un comportement plus ajusté à la situation.

Que faire lorsque l’on perd son enfant des yeux dans une foule ?

La meilleure chose à faire, c'est d'arrêter le maximum de passants autour de soi en les interpellant sans hésitation : “J'ai perdu mon enfant, aidez-moi”. Il faut alors le décrire et envoyer les personnes qui veulent vous aider dans des directions différentes, en fixant un point de rencontre : “Mon enfant a 4 ans, les cheveux comme ceci, un manteau de telle couleur, etc., on se retrouve à tel endroit…”

Les recherches seront plus faciles dans les lieux clos (grandes surfaces par exemple) que sur un marché ou, pire, une plage. En plein été, sur une plage qui s'étire à perte de vue, un enfant risque de se perdre très facilement : il suffit qu'il dérive un peu en se baignant et sorte de l'eau 30 m plus loin que sa serviette pour perdre ses repères… Tout le monde se ressemble, en maillot de bain ! 

Bon à savoir : un enfant égaré sur une plage va toujours se mettre à marcher dos au soleil.

 

Education des enfants : votre enfant s’est perdu, que lui dire quand vous le retrouvez ?

Un moment d’inattention dans une grande surface, une gare… et votre enfant a disparu dans la foule ! Après un moment d’angoisse, vous réussissez à le retrouver. Comment gérer vos émotions, et les siennes ? Que dire après l’incident et quelles consignes donner à votre enfant s’il se perd à nouveau ?

Une fois l’enfant retrouvé, les parents ont parfois des réactions étranges…

Oui ! On peut fondre en larmes comme distribuer des gifles ! Beaucoup d'adultes confient d'ailleurs : “Je ne me suis pas reconnu.” Pourquoi ? Cela dépend bien sûr du caractère de chacun mais aussi de son état d'esprit au moment où l'enfant est retrouvé. 

Car l'angoisse de l'adulte peut être mêlée de colère (“Je lui avais pourtant dit de ne pas me quitter ! Il n'en fait vraiment qu'à sa tête ! Il ne m'obéit jamais !”), ce qui explique certaines explosions, y compris physiques, lors des retrouvailles. 

D'autres vont inconsciemment identifier l'enfant à l'angoisse vécue et le punir de leur avoir fait aussi peur. Il faut aussi avouer que retrouver un enfant la bouche en cœur, les yeux rivés sur le jouet qui l'a attiré, sans conscience d'avoir été perdu, ça énerve – même si c'est mieux ainsi pour l'enfant !

Comment gérer cette grosse émotion ?

Sur le moment, il peut être très difficile de se contrôler… Par contre, une fois le calme revenu, il est essentiel de reprendre les choses avec l'enfant. Il faut lui laisser la parole pour qu'il exprime ce qu'il a vécu et ressenti, sans minimiser par des phrases du type “C'est fini, c'est fini” ou “Il ne fallait pas avoir peur.” Ses émotions, quelles qu'elles soient, sont légitimes. 

Revenir sur ce qu'il s'est passé est également important pour les adultes. Ainsi, si l'on s'est emporté et qu'on a fortement réprimandé son enfant, on pourra lui dire : “On a eu bien peur tous les deux, hein ? J'étais tellement angoissé(e) que je n'ai pas réussi à faire autre chose que te gronder en te retrouvant, etc.” 

En revanche, si l'événement revient invariablement dans toutes les conversations longtemps après, il sera bon de s'adresser à un tiers : l'angoisse vécue a dû éveiller autre chose. 

N’avons-nous pas tendance à dramatiser et à inquiéter nos enfants à force d’entendre des faits divers terribles ? 

Peut-être… Mais il est assez naturel de ne pas se sentir en sécurité dans une foule, même si ce sentiment est différemment partagé selon les parents. Plutôt que de songer aux faits divers, somme toute extrêmement rares, il faut avoir en tête qu'un enfant perdu est dans l'immense majorité des cas remarqué par des adultes bienveillants qui l'aident à retrouver ses parents.

Quelles consignes donner à son enfant ?

“Si tu te perds, tu ne quittes pas l'endroit où tu es : moi, je suis grand(e), je vois plus loin et plus haut. C'est à moi de te chercher. Tu peux interpeller un adulte et lui dire de t'aider à retrouver ta famille.” Les plus grands connaissent votre numéro de téléphone portable et vous feront appeler.