Enfants-03-Les livres

Les bébés aiment les livres, qu’ils les mâchouillent, les gribouillent, les déchirent ou qu’on leur lise… encore et encore ! Que leur apportent-ils ? Quel rôle la lecture joue-t-elle dans leur développement ? Explications de Dominique Rateau, orthophoniste.

Quel rôle jouent les livres dans son développement ?

Des livres pour les bébés

La rencontre entre les livres et les bébés est un phénomène relativement récent. En effet, ce n'est qu'au début des années 1980 que des livres ont commencé à être introduits dans divers lieux consacrés à la petite enfance. “A cette époque, il y avait très peu de sections jeunesse dans les bibliothèques et l'on était obligé de discuter longuement avec le personnel des crèches pour qu'ils acceptent de faire entrer des livres pour les tout-petits. Car dans la représentation des gens, et cela a tendance à perdurer, un bébé ne pouvait s'intéresser au livre puisqu'il ne possédait pas le code de la lecture. Puis, petit à petit, on s'est rendu compte que les tout-petits étaient réceptifs à la langue, et ce, dès la naissance.”

Sous l'impulsion d'associations, on a commencé à introduire les livres dans tous les lieux d'accueil de la petite enfance et à organiser des lectures partagées avec des tout-petits et leur famille. Vingt ans plus tard, il n'est désormais plus surprenant d'offrir un livre à un bébé !

Un premier contact primordial dès le plus jeune âge

Des travaux ont montré que les enfants lecteurs étaient ceux qui avaient été en relation avec les livres dès leur plus jeune âge. Et pour cause, dès 9-10 mois, le bébé est capable d'établir une relation entre le son qu'il entend et le sens qui y est rattaché, même s'il ne parle pas encore et même s'il est encore bien loin de posséder les clés de la lecture. Avec les livres qu'on lui montre et qu'on lui lit, le tout-petit a une nouvelle possibilité de se familiariser avec la langue, son rythme et ses sonorités.

Baigner dans la langue orale est une étape fondamentale pour ensuite passer à la langue écrite. Les éditeurs l'ont bien compris en proposant de plus en plus d'albums pour les bébés. Et même s'il ne saisit pas forcément tout, l'enfant, grâce aux illustrations, accède tout de même au sens. Les tout-petits sont d'ailleurs plus “forts” que les adultes qui, “en acquérant ensuite un nouveau niveau de langue, amoindrissent leur capacité à la lecture d'images”.

À l'âge où les enfants ont besoin de montrer les choses et qu'on les leur nomme, les albums deviennent un formidable outil d'ouverture sur le monde. “Souvent, les albums évoquent l'univers proche du bébé (nourriture, propreté, parents…) tout en mettant ce réel à distance. Ainsi, l'enfant se détache petit à petit de ses besoins et fait ses premiers pas dans la culture.”

Des moments de lecture hors du temps

La rencontre entre un tout-petit et un album se fait en général avec un intermédiaire. “Ces petits moments où l'adulte et l'enfant se retrouvent autour du livre sont des instants hors du temps, une bulle où l'on quitte la réalité pour parler une langue particulière, celle d'un auteur. C'est souvent l'occasion de rencontrer la littérature, à savoir une langue travaillée pour dire l'indicible au plus juste, c'est-à-dire ce que l'on éprouve.”

Ces livres résistent d'ailleurs souvent au temps et aux relectures infinies. Même si le contexte change, ils traversent les époques et continuent à avoir du sens parce qu'ils parlent de choses essentielles et universelles de la vie.

 

  • Les livres, c’est bon pour les bébés, assure depuis de nombreuses années Marie Bonnafé, psychiatre psychanalyste et co-fondatrice d’Acces*. Elle nous explique pourquoi.

Pourquoi les livres sont-ils si précieux ?

  • Marie Bonnafé : La lecture est un jeu, pas une obligation. Les livres apportent quelque chose d’essentiel : la langue du récit. Cette langue n’a rien à voir avec celle que vous parlez au quotidien. Elle a un début, une fin, elle est complète. Ce n’est pas tant le vocabulaire qui est important que la syntaxe que l’on retrouve aussi dans les contes, les comptines de toutes traditions. Le livre apprend surtout au petit enfant à différer, à ne plus être dans l’immédiateté et à élaborer sa pensée, à se structurer. L’enfant y trouve un sens à ses questions et va un peu plus loin chaque fois que vous lui relisez la même histoire.

 

Comment le petit lecteur manifeste-t-il son plaisir ?

  • Marie Bonnafé : Vous le voyez à 1 an, captivé ! Il est bien assis, le larynx dégagé, il pointe avec son doigt. Vous pouvez déjà repérer son goût pour certains livres, certaines comptines desquelles les premiers livres sont toujours dérivés. Mais l’âge d’or de la lecture, c’est 2-3 ans ! A ce stade, l’enfant a besoin de bouger. Continuez la lecture comme vous le feriez avec une chanson. Il est très attentif même s’il n’en a pas l’air…

Par quels livres commencer ?

  • Marie Bonnafé : Les bébés sont d’excellents critiques. Alors, faites-leur confiance ! Emmenez-les dans les bibliothèques municipales et départementales. Toutes font un travail extraordinaire et proposent des ateliers contes, des coins lecture. Ils aiment les auteurs qui ont le sens du langage enfantin : Claude Ponti, Jeanne Ashbé, Mario Ramos, Olivier Douzou, etc.

 

  • La complicité de votre enfant avec un livre se crée déjà avec la couverture, une page d’intérieur. Il aime l’humour et les émotions fortes. Un mot va l’amuser : « crocodile » par exemple, c’est un vrai triomphe sur le langage que de le prononcer ! Le petit enfant adore feuilleter, il aime le papier ! Il change le scénario : quand ça devient dramatique, il revient en arrière, se rassure.
  • Dès la deuxième année, il apprécie particulièrement les histoires où le petit héros perd quelque chose et le retrouve ! L’important, c’est de laisser votre apprenti lecteur choisir son livre !

 

  • * Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations