2000-les contes

Histoires de fées, récits mythologiques, légendes… Les contes enchantent toujours les enfants qui y trouvent, en plus d'une distraction, des réponses à leurs peurs et leurs angoisses. Pour mieux grandir

Les contes, bien plus qu’une distraction

Pourquoi ces folles histoires jouissent-elles d'une telle longévité et continuent-elles de se transmettre de génération en génération ? Sans nul doute parce que les contes ne se contentent pas de distraire les enfants comme d'autres productions peuvent le faire par le truchement de multiples médias.

 

En fait, depuis la découverte de l'inconscient par Freud, nombre de travaux issus de disciplines variées – histoire, littérature, sociologie, psychanalyse – l'attestent : la force invincible des contes tient à ce qu'ils touchent les profondeurs de l'âme, là où s'affrontent avec violence les forces du bien et du mal et où se cherche le sens de la vie.

Un reflet de nos peurs

À travers images et situations symboliques, les contes délivrent des messages universels qui aident l'enfant à grandir. Ainsi le psychiatre Bruno Bettelheim fut le premier à affirmer dans son livre majeur Psychanalyse des contes de fées, paru en 1978 : “Tout en divertissant l'enfant, le conte l'éclaire sur lui-même et favorise le développement de sa personnalité.” En effet, dès son plus jeune âge, l'enfant éprouve des angoisses et des peurs qui touchent aux relations dans la famille (rivalité fraternelle, crainte d'être abandonné, inceste, etc.), ou le concernent directement dans son développement (confiance en soi, renoncement à sa toute-puissance infantile, etc.). Autant de tensions et de difficultés internes que le jeune enfant ne sait pas encore maîtriser.

Les héros trouvent toujours une solution

Les contes permettent au jeune enfant de s'identifier à des héros qui ont les mêmes problèmes que lui (l'abandon dans le Petit Poucet, la jalousie fraternelle dans Cendrillon,la mort d'un parent dans Blanche-Neige, etc.) et auxquels ils savent trouver des solutions : demande d'aide à quelqu'un de plus fort, rencontre avec un animal bienveillant et protecteur… Et au bout du compte, une fin heureuse récompensera le héros courageux : “Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.”

 

Y a-t-il trop de violence dans les contes ?

Certains contes vous semblent trop cruels ou violents pour être racontés à vos enfants ? Ne les privez surtout pas de ces histoires, car elles les aident à trouver leurs repères.

Contes trop cruels ?

Malgré l'insistance de leurs enfants, certains parents hésitent encore à leur raconter ces histoires anciennes ou inventées plus récemment selon la même structure initiatique, les jugeant trop cruelles. Ainsi, Élisabeth Soulier, maman d'une petite fille de 5 ans, explique son choix : “La violence est partout aujourd'hui, dit-elle. Dans la rue, au cinéma, à la télévision. Je ne vois pas l'intérêt d'en rajouter en racontant à ma fille des histoires de méchant loup ou de vieilles sorcières au nez crochu. Je préfère des histoires plus douces.”

Un mal nécessaire

Certes, les contes traditionnels regorgent d'horreurs, d'enfants mangés par des ogres et abandonnés à la misère et à la solitude, de forêts hantées, de menteurs, d'injustices, etc. “Pour autant, explique Yannick Jaulin, conteur professionnel et dont les créations ne sont pas exemptes de dureté ni de cruauté, cette violence est structurante à la différence de celle que l'on rencontre dans la vraie vie. La violence qui traverse ces histoires n'est jamais gratuite mais est nécessaire au passage d'une étape, à l'acquisition d'un savoir-faire ou mieux encore d'un savoir-être.”

 

Les contes, c'est bon pour tout le monde !

Le conte n'évoque plus uniquement l'image de la grand-mère au coin de la cheminée, ou du parent qui veut endormir son enfant le soir, mais aussi celle de conteurs, professionnels ou amateurs. Petits et grands se pressent désormais pour les écouter lors de manifestations publiques.

Lectures publiques

Depuis les années 1970, les figures imaginaires des contes ne cessent de sortir des maisons pour aller raconter leur vie sur la place publique. Désormais, enfants, adolescents et adultes peuvent les rencontrer et les écouter sur le bitume des cités, les ondes de la radio, dans les bibliobus, les bibliothèques, les centres de loisirs, mais aussi dans des groupes de développement personnel ou de débat, des ateliers et même à l'hôpital ou en prison. Et les conteurs se font artistes à part entière. On en dénombre un millier pour la France, dont la moitié affirme en vivre.

 

Pour toutes les générations

Yannick Jaulin, l'un de ces néoconteurs, auquel est associé le monde farfelu de Pougne-Hérisson, village des Deux-Sèvres dont il a fait le “nombril de la terre”, n'hésite pas à affirmer que “dans une société comme la nôtre, traversée par toutes sortes de mutations déboussolantes, le conte est une parole qui doit aussi être entendue par les adolescents, les parents et les grands-parents. Car, dit-il, le conte réconforte, enseigne, guide chacun tout en créant du lien entre tous.”

 

Se retrouver autour du conte

Éducateur de rue à Marseille, Franck Libernois parle lui aussi “des vertus rassembleuses” des histoires que les adolescents à la dérive viennent écouter chaque vendredi soir dans un local prêté par une paroisse de la commune. “Il y en a pour tous les goûts et toutes les traditions, dit-il, puisque ce sont des parents bénévoles africains, maghrébins, asiatiques qui animent chaque soirée et la musique est assurée par les jeunes eux-mêmes. Mais au bout du compte, on a l'impression de former la même communauté et d'affronter les mêmes défis humains.” Le conte n'a pas fini de tirer le fil de l'histoire de l'humanité.

 

Comment raconter les contes ?

Le conte est une histoire très personnelle pour chacun. Il n'y a pas de règles pour transmettre toutes les richesses qu'il comporte. Le plus important est le plaisir de lire…

 

Faut-il choisir un conte en fonction de l’âge des enfants ? 

Il n'est pas possible de savoir à quel âge un conte est bon pour tel ou tel enfant et donc de choisir parmi eux celui qu'il convient de lui raconter. Ou plus exactement, tous les contes merveilleux, traditionnels ou modernes, lui conviennent.

En fait, ce sont les réactions de l'enfant à l'écoute du conte qui renseigneront le conteur sur l'intérêt éprouvé. Si le message qu'il contient lui parle, lui fait du bien, son enthousiasme le signifiera. Il réclamera inlassablement la même histoire jusqu'à ce qu'il en ait tiré tout ce dont il avait besoin.

Quand ses préoccupations internes auront changé, il demandera une “nouvelle histoire”, correspondant mieux à ses besoins. À l'inverse, en se mettant à l'écoute des attentes et des demandes de son enfant, le parent apprendra beaucoup de lui et de ce qu'il traverse !

Doit-on transformer les contes pour en atténuer la violence ?

Les contes traditionnels et ceux qui s'appuient sur leur structure donnent un sens structurant à la violence mise en scène. La supprimer ou l'atténuer risque de brouiller les cartes, et l'enfant, faute d'une bonne grammaire, ne pourra en tirer parti.

 

En revanche, il est des histoires modernes que l'auteur n'a pas pris la peine de situer dans un temps ou un pays “lointain”, c'est-à-dire hors du réel de l'enfant et qui n'utilisent pas le matériau des symboles, du mythe et des archétypes : dans ce cas, la violence qu'elles recèlent parfois “gratuitement” n'aide pas l'enfant à grandir.

Qu’est-ce qu’un bon conteur ?

Chaque parent, chaque conteur a son propre rapport au conte, ses habitudes (l'un préférera s'appuyer sur un livre, l'autre sur sa mémoire) et ses charismes. L'essentiel n'est pas dans la mise en scène, ni même dans la maîtrise de la langue orale, dans la capacité à imiter la grosse voix du loup et celle fluette du petit chaperon rouge ou dans l'illustration du livre de contes. C'est la sincérité et l'intention du conteur qui priment avant tout pour l'enfant, car celui-ci les perçoit. Un bon conteur est celui qui est heureux de raconter et le fait avec goût et plaisir.