2000-lire des histoires

Le moment de la lecture d’histoires est très attendu par les élèves de maternelle. Que leur apportent ces livres lus à voix haute par l’enseignant ? Explications de Jocelyne Guégano, ancien professeur des écoles, aujourd’hui conseillère pédagogique.

Faire découvrir les livres à tous les enfants

À l'entrée à l'école maternelle, se retrouvent assis côte à côte des enfants qui ont des pratiques de la littérature de jeunesse très différentes. 

Certains partagent depuis déjà deux ans des moments en famille autour de magazines ou d'albums. Alors que d'autres découvrent le livre à l'école, en même temps que la pâte à modeler, les puzzles, la peinture… Pour eux, l'utilisation et la fonction du livre étaient jusqu'alors énigmatiques et hermétiques. 

Grâce à la lecture d'histoires en classe, le livre entre enfin dans l'environnement de tous les enfants.

Partager un patrimoine culturel

La MoufleLe Gros NavetBoucle d'orLes Trois Petits Cochons, La Petite Poule rousse… La littérature de jeunesse regorge de contes traditionnels et de récits riches et variés. La lecture d'histoires en classe permet aux enfants de les découvrir et ainsi de partager un patrimoine culturel.

Aider à la compréhension et initier aux postures du lecteur

Écouter une histoire est une tâche très active, il s'agit d'entrer dans l'histoire et de capter les éléments nécessaires à sa compréhension. 

Par le jeu des intonations, des silences, des modulations de sa voix et de sa gestuelle, l'enseignant y accompagne les enfants. Il souligne les personnages, leurs intentions, leurs relations, leur rôle dans le dénouement du récit, mais aussi les lieux où se situent les actions, les déplacements des personnages… 

Il donne aux jeunes enfants un modèle de ce qu'un lecteur expérimenté recherche pour lire et comprendre une histoire.

Familiariser les élèves à la langue écrite

La langue écrite ne fonctionne pas comme l'oral. Les enfants ont donc besoin d'y être acculturés. Lire des albums aux enfants dès leur plus jeune âge les aide à se familiariser et à s'approprier le fonctionnement de la langue écrite. 

On sait que la lecture puis la reformulation d'histoires permettent notamment de s'essayer à la conjugaison : au passé simple et à son emploi coordonné avec celui de l'imparfait par exemple. Ce système des temps sera explicité et enseigné ensuite à l'école élémentaire. 

En outre, écouter des histoires, c'est se familiariser avec la structure syntaxique de la langue du récit, et c'est aussi fréquenter un lexique plus étendu que celui que les enfants utilisent pour communiquer dans la vie de tous les jours.

 

Le 21 janvier 2014 Propos recueillis par Paule Battault pour le magazine “Histoires pour les petits”.

 

Les premiers contacts avec le livre

Chez les petits, nous commençons par des histoires de la vie quotidienne (le bain, le repas, s'habiller). Leur trame narrative et leur style très simple permettent à tout enfant de se les approprier. 

Nous travaillons aussi avec des contes de randonnées (La Moufle, La Petite Poule rousse, Quel radis dis donc !…), où la trame narrative s'appuie sur des répétitions par accumulation, juxtaposition de personnages, d'actions ou de lieux, que les élèves peuvent jouer à recomposer.

Les livres comme support de travail

Nous choisissons les livres en mesurant les obstacles de compréhension qu'ils présentent au niveau de la construction, de l'histoire et de la langue. 

Nous regroupons alors 3 ou 4 albums et constituons ainsi des réseaux, par exemple sur un personnage (le loup, le renard), sur une structure (accumulation, juxtaposition), sur une problématique (la ruse, la transformation)…

La lecture “libre”

Ces livres correspondent à des albums que l'enseignant apprécie pour les valeurs véhiculées, les illustrations, la qualité du texte ou le thème central… Dans ce cas, on peut choisir un album qui pose des difficultés de compréhension. 

Dès l'école maternelle, nous offrons aux enfants des textes résistants et polysémiques, où la compréhension ne va pas de soi. Ils génèrent des débats entre les enfants, qui découvrent que chacun se raconte l'histoire entendue à sa façon.

Les récits “canoniques”

Enfin, nous travaillons avec des récits où l'action des personnages est déterminée par une situation-problème, un manque, un nœud donné au début de l'histoire. 

Désormais membres de cette communauté de lecteurs, les élèves peuvent être confrontés à de nouvelles difficultés et activités sur ces albums plus complexes : rechercher les intentions d'un personnage, comparer différents albums, rechercher les caractéristiques d'un personnage récurrent comme le loup, les sorcières…

Quel rituel mettez-vous en place pour accueillir ces temps de lecture ?

C'est un moment privilégié dans la journée scolaire, il est repéré dans l'emploi du temps, les enfants savent quand il aura lieu (avant de… ou après). L'album qui sera lu est présenté au moment de l'accueil du matin pour mettre en appétit, ou, au contraire, il sera gardé comme une surprise et dévoilé au dernier moment. 

Quand les installations de l'école le permettent, ce moment a lieu hors de la classe, dans la BCD, sur une structure où l'on peut s'asseoir de façon plus détendue que sur le banc du coin de regroupement. La proximité avec l'enseignant et le livre est elle aussi très importante. 

L'émotion doit pouvoir circuler entre le lecteur, le livre et ses auditeurs. C'est un moment de complicité au sein du groupe. L'Atsem (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) a elle aussi son rôle à jouer en communiquant son désir d'écoute et la posture adaptée.