1995-Enfance de l'Art, l'enfant créateur

Paulette QUARANTE, Art et enfance n°1.
L' enfant qui s'est rendu maître de son inspiration et de sa technique d'expression artistique n'a aucune hésitation devant les difficultés de son métier : il improvise ses oeuvres avec une soudaineté et pour tout dire, une désinvolture déconcertantes.

  • Dessin, peinture, scultpture. R.Lelarge VEN n°516.
  • tiré de "Le dessin d'enfant", Philippe Wallon, Que sais-je ?, PUF, 2003

Sur n'importe quelle surface, sur le plus quelconque des objets qui s'offrent à lui, il improvise dessins et travaux décoratifs, créant à jet continu, un monde à la mesure de sa sensibilité et de sa prodigieuse fantaisie. Jamais ne naît en lui la moindre appréhension, le moindre doute et c'est sa sûreté qui lui assure toutes les victoires.

Ces heureuses dispositions d'esprit nous ont valu un changement radical dans l'aspect de nos écoles. L'enfant y a créé un décor original dans lequel nous baignons comme dans une eau claire qui sans cesse nous revivifie. Et dans ce charmant bric-à-brac, nous sommes heureux parce que sans cesse souffle un vent de gaîté et de renouveau qui à chaque instant nous redonne confiance.

Nous savons bien que les esprits pointilleux ont beaucoup à redire à cette bride-sur-le-cou qui ne redoute aucune audace. L'enfant exploite toutes les richesses et tout ce qui sollicite ses regards ou tente sa main a tôt fait d'être incorporé à ses recettes ou procédés parfois quelque peu déconcertants. Nous sommes, il faut le dire, souvent inquiets de la tournure que prennent les techniques créatrices et tout spécialement surpris des matériaux employés : sable, petits cailloux, graines diverses, morceaux de bois, galets, ardoises, chiffons, paille, etc... sont à l'origine de réalisations assez surprenantes... Mais, l'enfant ne fait dans ce choix de matière impure que devancer des Maîtres qui ont, après Picasso, légitimé les briques, les tessons de bouteilles, les vieilles faïences les grains de café et l'empois d'amidon... Nous dirons simplement que ce n'est pas par parti pris systématique d'originalité que l'enfant pourchasse l'inattendu, mais par goût naturel du bricolage, de la cuisine, de l'expérience. Il n'y a donc rien à dire à ce sujet, mais simplement nous veillons à ce  que sans cesse le matériau épouse l'idée créatrice et par effet prenne une signification nouvelle, une portée éducative.

La spontanéité

Dessin, peinture, scultpture. R.Lelarge VEN n°516.

R.Lelarge reprend à son compte la distinction entre activité motrice et activité symbolique. (voir les autres articles). Il évoque à l'occasion des expériences pédaogigques -expositoin SEHEN- le goût du "geste" et la quête de son efficacité et la découverte de sa "puissance". Henri Wallon et de la revue enfance explicite le défi qu'est l'investissement physique d'un espace abstrait (la projection sur  deux dimensions étant une abstraction du volume et du temps de la réalité).

R.Lelarge relativise ainsi les lectures symbolique de l'expression plastiques. La dimension symbolique et la dimension motrice sont

Combien de fois nous avons été surpris par des réussites éclatantes, d'un essai spontané, parfois temporaire il est vrai.

Un portrait à la maniére de Debuffet, une Chevelure à la Léonard, une abstraction à la Bazaine.

L'évolution des dessins

tiré de "Le dessin d'enfant", Philippe Wallon, Que sais-je ?, PUF, 2003

Le dessin d'enfant peut être observé par lui-même, en faisant abstraction des conditions de l'activité de l'enfant. C'est une approche qui vise à identifier des schémes plastiques qui restent complexes.

Ces études tentent de repérer les conditions d'apparition:

  • des pages de points,
  • de virgules,
  • de lignes parallèles.
  • La naissaince du têtard,
  • Quand les doigts poussent aux mains des personnages.
  • De la maman translucide laissant voir son bébé dans son ventre,
  • les murs rabattus de la maison,
  • l'époque où le ciel rejoint la terre.
  • la famille "portraiturée", un père immense, une toute petite mère.

(R.Lelarge VEN n°516, p.27)

dessin (remonté) de irina 3 ans (TJA 2006)

Le griffonnage (Arno Stern)

Diverses lignes aux formes impossibles à décrire par les mots soulignent un enfant qui cherche une "grammaire" une manière d'articuler ensemble les mouvements.

Vers une maturation du contrôle oeil-main (Greig), avec l'apparition de formes, de ce qui est à l'interieur et ce qui est autours. Le "bonhomme" commence à ce constituer.

   

l'emergence d'une figure

le dessin d'une figure (humaine ou animale) passe par trois stades:

  • le dessin additif: les formes sont ajoutées les unes aux autres.
  • le dessin inclusif (Goodnow): l'ensemble des éléments sont tirés d'un -seul- trait.
  • le dessin dis-cursif: avec un trait "repris".

Le réalisme intellectuel (Georges-Henri Luquet -1913)

Caractérisé par (entre-autre) le rabattement, la transparence et le traitement symbolique de l'espace et du temps (sous forme de juxtaposition d'éléments narratifs dispropotionnés). Les éléements du réalisme intellectuel sont surprenants: Des roues de voiture avec des rayons, car cela correspond au stéréotype, le papillon polyèdre, le poisson thalassa...

L'absence d'échelle

Tous les éléments sont montrés selon des tailles hierarchisées (enfant plus grand que la fleur) mais la taille de la tête et des mains reste disproportionné par rapprot au corps du personnage.

L'absence de perspective (Marie Danielle FRESARD DOISE)

L'enfant ignore la perspective. La feuille est utilisée comme élément du dessin et ses bords prennent une signification: en bas, la ligne de "l'herbe" signe le sol, en haut partfois une ligne bleue dite ligne du ciel.

Le goût du décoratif

Avec l'âge l'enfant utilise moins de variété de couleur.  L'enfant est sensible à l'effet esthétique d'autant plus que la vraissemblance ne l'embarasse pas.

L'appréciation d'un dessin d'enfant (gai et coloré):

  • la feuille est bien couverte, mais sans exces. (pas converte à l'exces)
  • Il existe de nombreux espaces libres
  • L'espace est utilisé de manière adéquate (pas ramassé dans un seul coin)
  • couleur utilisée par grands applats cerné d'un trait.

Serge Tisseron, "Les premières traces : aux origines de la symbolisation", 2004

Greig Ph. "L'enfant et son dessin naissance de l'art et de l'écriture", Erès, 2000.

La couleur

La vision de l'adulte ne paraît pas être la même que celle de l'enfant ou, mieux, nous avons l'impression que sa vision ne reconstruit pas l'émotion ni l'image de la même manière. (CDA, R. Lelarge)

L'enfant voit sans doute plus globalement, la couleur et le volume ayant à son âge beaucoup d'attrait. Le dessin, ce trait noir sur du papier blanc, reste une convention pour lui. Si l'adulte s'en sert pour exprimer, à côté de la forme, le volume et la couleur, c'est une expression abstraite difficile à manier pour les petits. Pourquoi ne pas les laisser peindre ? La couleur leur parle plus et, peu à peu, ils sentiront la nécessité d'une force plus précise servant mieux leurs sentiments. Ainsi le dessin viendra plus tard, tout naturellement, prendre sa place, surtout si nous ajoutons le modelage à cette expression.


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